Après la non-interview du 14 juillet du président Sarkozy, qui s’est transformée en une présence permanente de l’intéressé sur nos antennes -bien joué-. France 2 -décidément toujours prompte à suivre le président, au moment où la ministre de la culture reçoit sa lettre de cadrage, et où les budgets commencent à se discuter sérieusement- nous proposait une soirée Verdi-Roberto Alagna.

Initiative à saluer, à ceci près, que France 2 avait omis de signaler qu’il s’agissait en fait d’une soirée Verdi-Alagna-Sarkozy. Présent aux chorégies, le président a eu droit à 10 minutes d’antenne, avec là encore, une interview hautement insignifiante de la part de Christophe Hondelatte: "J’ai l’impression, monsieur le président qu’il y a des traits communs entre vous et Roberto Alagna". Flatté, Sarko n’a fait qu’acquiescer. La caste journalistique est décidément sous le charme !

Durant la soirée, les caméras sont régulièrement allées chercher le regard de Sarkozy -le plus souvent accroché à son portable-, Christophe Hondelatte nous informant que le président avait été "très applaudi", précisant "Quelques sifflets, mais plutôt très applaudi".

Encore une opération conjointe de communication magnifiquement orchestrée par France 2, notre désormais officielle chaine d’Etat, et les services de production événementielle de l’Elysée. En téléspectateur candide, sera-t-il possible, cet été, d’échapper aux intrusions télévisuelles désormais régulières de notre président ?  A suivre…

Cela fait plusieurs dizaines d’années que le service public, nous fait vivre, avec un talent certain de la narration le Tour de France mais qu’il nous enfume également lourdement sur les questions de dopage.

Devenu un véritable partenaire d’ASO, France Télévisions n’a toujours fait que du suivisme se contentant de rendre compte des « affaires » sorties par les enquêtes policières ou de journalistes plus précautionneux quand la pression devenait trop forte.

Ainsi France Télévisions a « découvert » le dopage en 1998 avec l’affaire Festina, et encore c’est alors la rédaction de France 2 qui a mené les investigations les plus profondes. Le service des sports se faisant toujours plus discret. Et pourtant, de consultants en journalistes spécialisés qui écument les routes du Tour depuis des dizaines d’années, difficile de croire que rien n’était jamais arrivé à l’oreille d’un Jean-René Godard, d’un Patrick Chêne ou d’un Gérard Holtz, toujours prompts à nous vendre les exploits ou les « moyennes explosées » par les coureurs.

Alors complice France-Télévisions ? Grande hypocrite pour sûr, toujours motivée par la volonté de ne jamais rien savoir, au risque de tuer la poule aux œufs d’or. Encore tout récemment, réagissant à la mise en cause de Rasmussen, notre Gégé Holtz national a lâché (texto !): "pour l’instant ce n’est qu’une embrouille pas encore une affaire. Répondant aux journalistes, Rasmussen s’est défendu en disant: "ah ben, c’est bête j’ai oublié de prévenir l’UCI pour mes entraînements". Donc rien de très grave". Fermez le ban !

Le ton tranche avec les commentaires de Bertrand Duboux, commentateur historique de la télévision suisse, rappelé même à la prudence par ASO compte tenu de la « violence de ses propos » qui tranchent avec la description du « monde  merveilleux » que nous en font nos commentateurs hexagonaux : « ce cyclisme dit moderne est surtout tombé aux mains des médecins et des managers, de personnages véreux et opportunistes, d’affairistes de tous bords et de responsables du marketing qui font croire que le vélo n’est plus qu’une question d’argent. Grave erreur, et le cyclisme le paie cher en ce moment ! »

Sarko-Worldwide.com

juillet 15, 2007

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Nicolas Sarkozy a enfin réalisé son rêve : créer sa société de relations publiques et de communication événementielle spécialisée uniquement dans la communication du président de la République. Sise dans les superbes bureaux de l’Elysée, Nicolas Sarkozy a, depuis sa prise de fonction, mis tout l’appareil d’état, mais également les principaux diffuseurs privés, au service de la promotion de sa seule personne. Résultat, le président est l’unique source d’information des réseaux médiatiques notamment télévisés qui réclament du Sarkozy à satiété : Nicolas à la plage, Nicolas en jogging, Nicolas au restaurant, Nicolas avec les grands de ce monde, Nicolas en famille, Nicolas sur le Tour de France, Nicolas au travail, Nicolas au défilé du 14 juillet, Nicolas serre des mains, Nicolas au concert. Ainsi l’Elysée est devenu une véritable société de production événementielle qui abreuve en images les chaines de télévision.

L’interview du président par Laurent Delahousse le soir du 14 juillet sur France 2, fut à ce titre éclairante. "France 2" s’est plié à toute la mise en scène Sarkozienne, interview en direct du champ de Mars, avec la scène en fond. Un seul bémol, un aperçu de notre président en train de se faire maquiller qui fait un geste pour évacuer fissa la maquilleuse…

Pour sa première interview, Laurent Delahousse s’est révélé redoutable intervieweur, un moment de grâce pour un professionnel de la communication comme Sarkozy qui en reprendra sans doute à l’occasion. Extraits choisis:

-« Président, vous avez placé ce 14 juillet sous le signe du changement. On retiendra plusieurs images. Est-ce que vous avez ressenti une émotion particulière pendant le défilé ?»

- « Est-ce que vous pensez que les français, après une journée comme celle là, seront plus européens ? »

-« Inviter des héros et des victimes de la vie à la garden party, c’était un hommage auquel vous pensiez depuis longtemps ?»

- « Est-ce que ces deux premiers mois de présidence ressemblent à vos rêves ? »

-« Tout le monde a remarqué ce changement de style. Quel message voulez vous faire passer ? »

- « Tout le monde sait que vous aimez beaucoup le Tour de France. 5 ans de présidence est-ce que c’est une course contre la montre ? ».

- « Est-ce que vous allez monter sur scène avec Michel Polnareff ? »

Défilé, concert, Garden Party, tour de France, style et rêve de Sarko etc. Aucune question d’ordre politique, un véritable film d’entreprise parfaitement scénarisé pour la promotion du "Boss". A croire que tout cela aurait été négocié à l’avance…

Le lendemain, là encore c’est France 2 qui le dit : « Le concert de la fraternité, une réussite populaire, (…) et voici le maître de cérémonie : Techno, Rock, R’n’B. On ne doit qu’au président de la République cette affiche des plus éclectiques. Point d’orgue de cette cérémonie, Michel Polnareff».

-Inutile de revenir sur le retour pathétique du rebelle Polnareff, roi de l’évasion fiscale, californien d’adoption, comme son compère Johnny, tous deux artistes chers au cœur du président-.

De la même manière que les chaines de télévision ne s’étaient guère montrées très critiques lors de la campagne électorale, où le staff de communication de Nicolas Sarkozy avait choisi une unique société de production pour produire les images de ses meetings et les distribuer aux diffuseurs, elles se délectent de cette nouvelle manière de faire.

La situation rappelle le conflit naissant ces derniers temps entre Canal + et la Ligue Professionnelle de Football. La Ligue souhaiterait, en effet, pouvoir produire ses propres images du championnat de Ligue 1 afin de les revendre à des diffuseurs potentiels, si possibles autres que Canal+, seule aujourd’hui capable d’assurer la production et la diffusion de plus de 10 matchs par semaine. Au détail près, que la lutte est âpre, et Canal+ n’entend pas se laisser marcher dessus et a d’ores et déjà fait un recours devant le conseil de la concurrence. Des sommes énormes sont en jeu. Alors que dans le cas du suivi de la politique Elyséenne, il n’est question que d’éthique journalistique. Ouf, l’honneur est sauf !

La politique dans tout ça ? Nada ! Sarkozy est devenu le média de sa propre communication, occuper l’espace, produire de l’image, faire l’événement, organiser au besoin des concerts diffusés par des chaines nationales, abreuver de contenus sarkoziens ces gloutons multimédiatiques jamais rassasiés, pré-mâcher leur travail, le tout avec un goût pour le consensus d’un Michel Drucker fatigué, en vue de vider le message sarkozien de toute substance politique clivante.

Bienvenue à Sarkoland. Le spectacle ne fait que commencer !

Bolloré est revenu sur sa décision, et a finalement accepté de diffuser dans le gratuit "Matin Plus" l’article de « Courrier International » qualifié de « désagréable pour la France ». Mais mis à part le fait lui-même, c’est l’illustration du risque que fait peser la stratégie économique de Jean-Marie Colombani, récemment débarqué, sur l’indépendance éditoriale du groupe. A force de remettre en cause l’actionnariat historique du groupe et de se voir les yeux plus gros que le ventre, Colombani a fait rentrer des loups dangereux (Minc, Bolloré) dans la bergerie « Le Monde ».

Bolloré avait garanti toute neutralité, une charte éditoriale avait été élaborée. Mais on sait ce que valent ces frêles engagements face à la tendance interventionniste des industriels (proches du nouveau pouvoir, c’est à noter) séduits par le monde des médias.

(Pour l’anecdote, c’est Vincent Bolloré, en personne, qui a fait passer certains entretiens pour recruter les rédacteurs de ses journaux gratuits).

Les résistants de l’intérieur commencent à s’en rendre compte. Souhaitons simplement qu’il ne soit pas déjà trop tard.

- Le témoignage de François Bonnet, journaliste à Marianne et qui a travaillé sur le projet "Matin Plus" avant de quitter l’aventure.
Rue89.com

- Le blog du journaliste de Courrier International à l’origine de l’affaire.
Blog D’Alexandre Lévy

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Chaque fois que je revois Jacques Séguéla à la télé, je pense à cette merveilleuse tirade de Pierre Desproges qui le recevait alors au « tribunal des flagrants délires » et qui résume, mieux que nulle autre le personnage : « Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait quand même un peu ; ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup ! »

A l’évidence, le constat n’a pas pris une ride, contrairement au « fils de pub » susnommé, malgré ses soins épidermiques onéreux, il s’est même plutôt confirmé. Là, où il est, Desproges a sans doute définitivement trouvé réponse à sa question.

Séguéla était donc invité hier soir, à « ce soir où jamais », l’émission de Frédéric Taddei sur France 3, où les échanges sont, en général plutôt vifs et pas inintéressants -mais pas cette fois-ci en l’occurrence-. Si le peu d’intérêt de l’émission peut largement être porté au crédit de Séguéla, dont l’inanité des propos sont finalement assez conformes à la pauvreté de ses slogans publicitaires –il ne formule d’ailleurs que des slogans, y ajoutant une pointe de bons sentiments quand il passe à la télé-, la pauvreté de la contradiction était assez navrante.

L’émission portait sur la traitrise. Séguéla s’est d’abord défendu lui-même évidemment. Il s’était trompé au premier tour: « En fait, Ségolène, n’était pas au niveau ». Sans déconner…

C’est donc entre les deux tours, qu’il s’est rendu compte que Sarko, lui, était moderne tout plein, et vachement au niveau. Ben dis, donc, fortiche notre Séguéla.

Plus sérieusement, si au moins, notre coureur des plateaux télés avait la dignité et l’honnêteté d’expliquer que s’il avait changé d’avis, comme ses amis faussaires Tapie et Kouchner, c’était notamment parce que Sarkozy l’avait appelé pour le faire bosser son coaching télé et peut-être un peu aussi parce que sa boite de pub appartient à…Bolloré. La rumeur dit même qu’il aurait très mal pris le choix d’Olivero Toscani pour faire l’affiche de Ségolène (Sensible avec ça).

Et puis de toutes façons, Séguéla n’a pas voté Sarkozy, Séguéla a voté « France ». C’est beau à en pleurer.

Le jeu de l’ouverture

Ensuite, est venu sur le tapis, le cas Kouchner, ami de plage de longue date de Séguéla. Et là, il faut bien le dire, Séguéla a tout donné. Meilleur que jamais, il a ressorti tous ses slogans ronflants, ses bons sentiments, ses formules creuses, avec une larme au coin des yeux pour nous dire que Kouchner, non de non, jamais ô grand jamais, n’avait « couru après un maroquin ». « Vous croyez qu’à son âge, il se soucie de ce genre de choses ? » (la question ne s’adressait pas à moi, mais perso, je dis "oui" ), que l’ouverture n’était en rien une stratégie politique, c’était la modernité (on verra ça après le deuxième tour des législatives), que tourner le dos à son parti en l’espace de 48 heures, ne signifiait en rien renoncer à ses idées : « Kouchner est toujours un homme de gauche » nous a rassuré Séguéla.

La question en est d’autant plus pertinente : si Kouchner, n’a en rien renoncé à ses idées (a-t-il jamais été de gauche ?), c’est bien la preuve que nous avons devant nous un pur cas de calcul politique. Si au moins, il exprimait quelques sympathies avec les idées de Sarkozy, tout cela prendrait presque un sens. Mais, non, de gauche toujours, mais rallié au président le plus droitier de la Vè République. Va comprendre, Jacques !

 

On notera que la quasi totalité des éditorialistes ne s’y sont pas trompés, comme par un acte manqué, tous ont écrits que Sarkozy ne "pratiquait" pas l’ouverture, mais "jouait" l’ouverture comme un théâtre des ombres où chacun doit jouer son rôle, mais où le scénario et la fin sont connus à l’avance. Autre recette de Séguéla, prendre l’opinion comme témoin : « vous avez vu les sondages, 72% des français ont confiance en Sarkozy et 65% considèrent que Kouchner n’est pas un traître ».

Sans gloser trop longtemps sur la pertinence de l’utilisation du mot « traître », disons que dans le genre opportuniste, en voici un beau et quant à l’utilisation des sondages, que je sache une majorité sondagière n’exprime en rien une quelconque forme de vertu républicaine.

Le meilleur ministre des affaires étrangères du monde

Mais, emporté par son élan, Séguéla est allé encore plus loin, demandant aux autres invités, cois, qui d’autre mieux que Kouchner pouvait s’installer au quai d’Orsay. Je cite de mémoire (sans doute que j’oublie quelques adjectifs louangeurs) : « Personne d’autre ne connait tous les pays, tous les chefs d’état du monde, tous les problèmes internationaux, il est connu dans le monde entier. Personne d’autre n’a autant de qualités que lui pour occuper ce poste, Kouchner est fait pour ça, il propagera les idées de la France partout dans le monde. Il n’y a que lui pour ce poste » (NDLR : si, si…).

Outre que le ministère des affaires étrangères n’est pas un concours de notoriété, on peut mettre en doute, sans prendre trop de risques, l’affirmation que SEUL Kouchner était taillé pour le quai d’Orsay (à gauche comme à droite, on pourra citer Védrine ou Barnier, dont les analyses des relations internationales, qu’on les partage ou pas, dépassent de très loin les coups de gueule à vif de Kouchner). Ses positions en faveur de la guerre en Irak, ajoutées à une doctrine "droitdelhommmiste atlantiste" font déjà trembler le ministère des affaires étrangères, dont la mission va se voir réduite à une peau de chagrin médiatico-humanitaire. -C’est un autre débat mais le remplacement d’un médecin (incompétent) par un autre médecin à ce poste, jusqu’ici clé (mais largement amputé par Sarkozy) de ministre des affaires étrangères pose de sérieuses questions concernant la fonction politique de diplomatie-.

Mais finalement, rien d’étonnant à tout cela, Séguéla n’est en rien Sarkoziste, Séguéla n’a jamais eu le début d’une idée sur le monde. Impossible dans la mesure où, par nature, toute forme de réflexion réclame longueur et patience, soit l’inverse absolu de ce qu’est Séguéla : ses certitudes, les études d’opinion, son horizon, les sondages, sa littérature, les slogans, sa pensée, les formules creuses.

Ainsi, c’est bien plutôt et c’est bien triste, car le constat est effrayant, Sarkozy qui est devenu un monstre de la famille des « Séguélistes », sorte de Léviathan de la com’ (paraître pour être, that is the question ?), comme beaucoup d’autres hommes politiques, certes, mais lui, sans doute, en est-il désormais le Roi…

Rions un peu…

mai 18, 2007

"L’indépendance, c’est la ligne d’Arnaud Lagardère qui n’intervient jamais"

Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1, 18/05/2007

C’est le site Rue89.com qui a sorti l’information : un article écrit par Florence Murraciole, directrice du service politique du JDD qui démontrait que Cécilia Sarkozy n’est pas allée voter, aurait été censuré, sur une intervention personnelle d’Arnaud Lagardère, qui s’est lui-même qualifié de « frère » de Nicolas Sarkozy. Que la « future première dame de France » n’exerce pas son devoir civique pose, pour le moins des questions, sur le couple présidentiel. Evidemment, de nombreuses rumeurs courent les rédactions depuis plusieurs mois et il est difficile de connaître l’état réel des relations entre Nicolas et Cécilia Sarkozy.
Mais au-delà de la vie privée du couple Sarkozy, ou ce que l’on nous en montre –sorte d’imagerie à la sauce « Kennedy » du couple parfait, dont on sait ce qu’il en était en réalité- voilà la première censure de l’ère Sarkozy à laquelle nous assistons. Si cette « censure » montre bien les capacités d’intervention dans les médias du président Sarkozy, proche de nombreux patrons de groupes de médias, elle relativise aussi les capacités du pouvoir à retenir des informations. L’effet produit par la tentative de censure de cette information, qui s’est propagée sur le net à très grande vitesse, aura finalement suscité peut-être plus d’attention que l’absence de Cécilia aux côtés de son mari au moment du vote.
Reste qu’après l’éviction d’Alain Généstar, ancien directeur de la rédaction de Paris-Match, qui avait dévoilé une aventure de Cécilia Sarkozy, voilà une nouvelle tentative de pression exercée sur un journal du groupe Lagardère.

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