Naissance d’un “autre-pouvoir”
février 13, 2007
C’est François Bayrou qui a ouvert le bal premier, attaquant de front Claire Chazal, frêle représentante du mastodonte TF1, et posant « face caméra » la question du pluralisme dans la campagne électorale. D’aucuns y ont vu du populisme, et si la ficelle est parfois un peu grosse, elle n’en reste pas moins pertinente. Outre que c’est là une « première » que de s’en prendre aux diffuseurs, vecteurs jusque-là quasi-unique du message politique, tous propriétés d’industriels, hormis le service public évidemment.
Mais Internet a changé la donne et l’attitude de François Bayrou, n’est à ce titre pas innocente, car si la suprématie de la télévision reste éminente pour la diffusion de messages courts, simples à un public massif. L’internet permet d’exister « ailleurs et « autrement », de sortir de la seule caste dite politico-médiatique, qui voit peu à peu, impuissante son ministère de la parole lui échapper.
Le candidat qui espère aller loin ne peut sans doute pas encore prendre le risque d’exister sans la télévision –il s’en faut de peu – mais il peut exister contre la télévision et mettre en cause cette dernière dans son rôle de médiateur.
Symptomatiques du malaise sont, à ce titre les « faux-pas » inhabituels commis par les indétrônables représentants du milieu politico-médiatique, tel un Duhamel qui oublie, acte manqué, de mentionner Ségolène Royal dans son ouvrage de portraits des « présidentiables » potentiels. Et il est vrai que celle-ci n’a pas mené une pré-campagne traditionnelle, séduisant plutôt les réseaux que les appareils.
Ou la multiplication des émissions, qui font intervenir les « vraies gens », signe à la fois de l’abandon de leur compétence au peuple jugé apte –à voir…- et d’un refus d’imaginer la mise en scène de la parole politique autrement que dans un rapport rudimentaire du questionneur au questionné. Les questions se devant d’être simples, pratiques, concrètes et les réponses précises et personnalisés. C’est désormais les connaissances sur le panier de la ménagère qui font office de critère référent pour déterminer les capacités à gouverner un pays…
Par ailleurs, de par sa démarche, François Bayrou, semble être le seul à tirer les conséquences du 21 avril 2002. Campagne dirigée en grande partie, au rythme des grands médias audiovisuels, sur le thème de l’insécurité, qui pour être un sujet de débat politique pertinent, ne méritait ni d’être le premier et encore moins le seul. En les prenant ainsi à témoin, c’est une mise en cause en direct de leurs méthodes qu’il pointe.
Courageuse, la démarche est aussi opportuniste. Bayrou fait du « buzz » -et cela lui profite-, est largement suivi par l’opinion dont on connait la méfiance vis-à-vis des médias et parvient à négocier son passage à des conditions parfois plus confortables.
Reste à savoir si l’initiative d’un Bayrou, une fois élu –pure hypothèse-, ne resterait pas une simple stratégie médiatico-politique. Quelles seraient les réformes mises en place, un Super-CSA doté de véritables pouvoirs de sanctions autres que celui des mots et des rappels à la règle ? Une obligation pour les chaines de respecter un cahier des charges strict ? De véritables mesures pour garantir l’indépendance des rédactions écrites et audiovisuelles ?
Difficile à dire. Les grands médias, sont comme d’habitude au centre de la campagne, un enjeu essentiel, mais en plus d’être incontournables, ils sont également dans l’œil du cyclone. Un tabou au moins sémantique est tombé, reste à s’attaquer aux fondations.















