Guimauve télévisuelle

avril 24, 2007

Paradoxe du scrutin présidentiel, si la campagne a permis à certains quotidiens et newsmagazines de retrouver une certaine vigueur, elle a également marqué la décomposition du journalisme politique. Le journaliste est devenu, moins qu’un médiateur, un relais d’opinions. Comme souvent c’est l’ogre TF1, qui a le mieux et le premier marqué cette évolution avec son émission « j’ai une question à vous poser ». PPDA qui incarnait jusque là pour la télévision l’intervieweur incisif –c’est dire si on partait de loin- était cette fois ci au second plan, derrière un pupitre, accueillant les candidats et le soumettant aux questions du panel installé dans un décor-amphithéâtre.

Nulle analyse, aucun débat, toutes les erreurs des candidats étaient acceptés aussitôt formulées et validées par la machine TF1 à travers son journaliste qui voit sa fonction réduite à un rôle de passeur de plats, « enregistreur » de discours compressé entre des candidats devenus des professionnels de l’image et de la communication politique et un public, consommateur quasi-professionnel de télévision qui s’enivre d’enfiler en amateur, le temps d’un instant, le journaliste professionnel.

Dès lors, que devient le rôle de ce dernier, roseau non-pensant, ectoplasme vaguement recadré au second plan derrière son pupitre attendant que l’heure passe. Tout le monde est content, le public ravi d’avoir pu formuler quelques questions personnelles aux candidats, le candidat qui a échappé aux questions qui fâchent et sait déjà qu’être apparu proche des « vraies gens », lui est favorable et le journaliste de TF1, à l’esprit d’entreprise toujours aussi peu discret qui se gargarise à l’antenne de l’audience réalisée par sa chaîne et remercie le public d’avoir choisi « SA » chaîne. On n’ose espérer que par contrepoids, la presse retrouve quelques affidés par lassitude de cette guimauve télévisuelle.

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