Avec TF1, tout devient possible…
avril 11, 2007
Mener une campagne électorale avec derrière soi une entreprise de relations presse dévouée aussi puissante que TF1 est un atout majeur. Il suffit de regarder les 20 h de la “Une” pour s’en rendre compte: Compte rendu du déplacement “en banlieue” de Nicolas Sarkozy -en fait une cérémonie de naturalisation à Villepinte-, et pour mettre les questions gênantes de côté, il suffit de les évacuer.
Pour cela rien de plus simple, un commentaire en off : “le candidat de l’UMP n’a pas souhaité réagir aux affirmations du Canard Enchainé selon lesquels un accord aurait été passé avec le président pour lui éviter toutes difficultés avec la justice”.
Emballé c’est pesé, pas le début d’une question à Sarkozy, ne parlons pas d’une enquête, PPDA estime que ces questions là sont “difficiles à mettre en image”, et en plus on ne pourra pas lui reprocher d’avoir occulté le sujet puisqu’il lui a consacré ses 10 secondes indispensables.
BHL, sous le soleil
mars 26, 2007
Quelle que soit la situation, BHL semble toujours faire le beau au milieu du boulevard Saint Germain.
Bernard Henri Lévy, dont Raymond Aron disait qu’il était « perdu pour la vérité nous a, en l’espace d’une semaine donné une vision assez claire de sa posture kaléidoscopique « d ’intellectuel-reporter-people-businessmen-germanopratin ».
Entre deux messages de soutien à Ségolène Royal, qu’il avait fustigé dans un bloc-notes du Point jusqu’au jour où elle lui accorda une rencontre dans un grand restaurant parisien, le propriétaire et utilisateur unique du droit d’auteur labélisé « BHL », a choisi dans un de ses derniers périples où il part se mettre en scène pour « Paris Match », la mèche au vent, au milieu de l’Histoire en marche pour construire sa légende d’intellectuel engagé de se rendre au Darfour.
Certes, l’opération médiatique qui consiste à éveiller quelques consciences occidentales sur la situation au Soudan aura sans doute fonctionné, c’est de son efficacité « sur le terrain », dont on pourra douter tant BHL possède l’art de simplifier les problèmes à l’extrême, limitant le plus souvent son message à un appel vindicatif, une gueulante télévisée, à l’action, sans autres précisions, sans rappeler que les belligérants refusent notamment une intervention de l’Onu sous le prétexte fallacieux d’un néocolonialisme déguisé, que des diplomates de tous les pays n’ont pas attendu BHL et ses affidés photographes pour plancher sur le sujet. Et que l’arrivée dans la partie du sieur BHL n’accélérera sans doute ni ne ralentira les choses.
Mais enfilant sa veste de « journaliste de l’instantané, de tous les combats », toujours prêt à partir, on l’imagine écrivant ses articles dans son luxueux appartement parisien, l’important étant la photo de BHL “sur le terrain” au milieu des combattants et la promo, BHL vitupère, s’empare d’une marotte pendant quelques mois, convaincu que le poids des mots dans un journal du Soir et le choc des photos –de BHL- dans un hebdomadaire people suffiront à apaiser les esprits d’une guerre civile commencée en 2004 mais qui fait suite à une précédente guerre civile commencée en 1983 et qui avait fait près de 2 millions de morts. Autant de crises oubliées, derrière lesquelles BHL semble oublier qu’elles dessinent une fragmentation géopolitique du monde, que quelques coups de colère n’aideront pas à solutionner.
Car comme dit si bien BHL dans Paris-Match « nous savons, à peu de choses près, comment faire cesser ce carnage ». C’est dans cet « à peu de choses près » que se trouve résumée toute la personnalité de l’aventurier BHL. « A peu de choses près », nous savons changer le cours de l’histoire, stopper des guerres intestines, quelques pressions sur la Chine, un boycott des JO et ce sera réglé…« à peu de choses près ».
Malgré toute l’assurance qu’on lui connait, dans ce cas précis, la plume « BHLienne » ne parvient pas, peut-être même malgré lui, à empêcher cet « à peu de choses près » qui en dit long sur les limites de l’opération.
Englué dans une « culture de paix », BHL évolue dans un monde sans ennemis qui espère la disparition de toutes les formes de puissance et volontés de domination. On peut admettre que la démarche est à saluer, que le reportage nécessite un certain courage, paradoxalement c’est sa perpétuelle course à l’image qui trouble. Dans le feuilleton BHL parcourt le monde, du vaste monde au petit monde, « BHL à New-York », « BHL avec Arielle au Crazy Horse », BHL nous a offert récemment « BHL avec Arielle à l’Ile Maurice », succédant dans une étonnante vulgarité à « BHL au Darfour ». Courant partout, jugeant de tout avec une étonnante promptitude, toujours avec la même aisance de Khartoum à Port-Louis, BHL se perd, BHL nous perd, progressivement, la marque BHL brouille un peu plus le message à chacune de ses sorties. Si BHL y a posé ses valises est-ce parce qu’une guerre civile sourd non loin des plages immaculées de l’Ile Maurice, ou le périple au Soudan n’était-il qu’un prétexte pour faire un break ? Le passage du Darfour à l’Ile Maurice et de leurs mises en scène médiatiques auraient, en effet, nécessité une sorte de « délai de décence », à croire qu’au milieu des combats, le jet privé de l’écrivain faisait chauffer les moteurs, destination Port-Louis. Le tout afin d’éviter d’amalgamer les deux capitales dans un même destin historique.
“Tout est maintenant vacances et poursuite de vacances”, disait Philippe Muray, BHL toujours à chercher le soleil de Khartoum à Port Louis nous en donne une preuve éclatante.
Bayrou se fait plus mou…
mars 15, 2007
Très sévère avec l’empire Bouygues et les médias dominants en début de campagne, le candidat Bayrou a quelque peu adouci son propos.
Depuis qu’il fait partie des « présidentiables », et court les plateaux télés, plus un mot sur ces thèmes que sont les concentrations, la propriété de société audiovisuelle par des groupes vivants des marchés publics etc.
Bayrou n’a d’ailleurs jamais véritablement expliqué comment il s’y prendrait pour faire passer de telles réformes.
Même les émissions de TF1 semblent désormais lui plaire…comme le montre ce reportage vidéo du nouvelobs.com
Journaliste pour l’hebdomadaire “Marianne”, décrypteur féroce de l’univers médiatique, Philippe Cohen, co-auteur de « la face cachée du Monde » avec Pierre Péan et de la BD « la face Karchée de Sarkozy » a accordé un entretien à l’hebdomadaire syndical FO hebdo que retranscrit le site du journal.
Philippe Cohen : La presse, «l’idéologie sous le mode de l’évidence»
Jean Baudrillard (1929-2007)
mars 7, 2007
“L’information peut tout nous dire. Elle a toutes les réponses. Mais ce sont des réponses à des questions que nous n’avons pas posées, et qui ne se posent sans doute même pas.”
Plutôt que de me lancer dans une exégèse improbable de l’oeuvre de Jean Baudrillard, voici une sélection de liens et textes qui permettront de se faire une idée de l’oeuvre abondante de ce penseur radical. Et notamment ses réflexions sur la disparition du réel sous la profusion des images.
- Une conférence à l’ENS sur le thème de la “violence faîte aux images”
- Une interview à Chonic’art
- Une interview pour Humains associés
- Un texte sur la “pornographie de la guerre”
- Un texte sur “la violence de la mondialisation”
- L’émission d’Elisabeth Lévy sur France Culture avec Jean Baudrillard (1ère partie)
Le Premier pouvoir
- L’émission d’Elisabeth Lévy sur France Culture avec Jean Baudrillard (2ème partie)
Le Premier pouvoir
Animateur de la République
mars 3, 2007
Nicolas Sarkozy, rédacteur en chef pour un soir du “Grand journal” de Canal+, Ségolène Royal qui vient faire la revue de presse de France Inter, François Bayrou, rédacteur en chef de RMC infos qui répond aux questions des auditeurs, lancent la pub etc.
Après avoir évacué les journalistes des émissions dîtes “politiques” -elles ne l’étaient déjà plus tellement- et emblématiques, réduisant leurs rôles à celui de passeur de plats, nos politiques ont désormais, conséquence de l’absence d’imagination abyssale et de la veulerie des chaînes, pris la place des animateurs qui leur était offerte. Le tout à leur profit.
En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces émissions sont, pour les candidats, des moments agréables à passer. Deux heures de bavardages rarement embarrassants, à peine quelques sourires, et moqueries dont les politiques ne savent que trop se jouer.
Flatteries, larmes, moments de compassions interminables. Ajouter à cela des questions égotistes, maladroitement formulées, motivées par le souci de mimer ces exemples modernes que sont les professionnels de la télévision.
Sarkozy, donc, rédacteur en chef du « grand journal de Canal plus » qui invite « ses » invités -logique-, un petit numéro de clientélisme anti-Ségo avec une présidente d’association d’aide aux femmes en détresse, Paul le Guen et Bernard Laporte, nous expliquant à quel point, le candidat de l’UMP est un grand sportif et à quel point le sport doit être une priorité de Sarkozy tant le sport véhicule de valeurs estimables (au hasard, on pourra citer la violence, le racisme, les inégalités, le fric, la performance, le culte du corps etc.). Dans un élan de sincérité médiatique, le candidat se laisse aller à dire que s’il était élu “Président de la République, il serait favorable à pratiquer encore plus le sport dans les écoles”. On lui suggère d’aller jusqu’au bout de ses idées, et de proposer de ne faire plus que ça…
Beigbeider grotesque, fidèle à lui-même qui sert la soupe au candidat Sarko, éludant toutes questions gênantes à coups d’applaudissements ou de mauvaises blagues, nous décrivant un Sarkozy « hyper sensible », finalement mal connu. Dialogue surréaliste, sonnant trop faux entre l’homme sensible et modeste Sarkozy, qui se refuse à dévoiler son intimité, et l’écrivain-pubard Beigbeider dévoilant la face cachée du candidat.
Mais ce n’est pas tant le contenu de l’émission qui fait problème que cette tendance des hommes et femmes politiques majeurs à se prêter à toutes les guignolades médiatiques que les créatifs du genre ne pensent plus pour eux. Avec, désormais l’ultime avatar du genre qui consiste à devenir eux-mêmes animateurs d’une émission de télé.
Devenus ainsi des animateurs de la République, on comprend à quel point le désir de notoriété et d’image participe du désir de pouvoir –Sarkozy qui avoue qu’il aurait aimé être Beigbeider- et d’un affaissement du politique.
Les politiques en campagne refusent tout débat. Trop risqués, trop d’imprévus, demandant une vaste maîtrise des sujets, mais s’accommodent, et en redemandent même de ces émissions dont ils sont désormais rédacteurs en chef, qu’ils dirigent, conçoivent, où il rient au bon moment, lancent la claque, répondent à des questions sur leurs goûts musicaux, sont certes un peu moqués, pour donner le change.
Et les médias, vassaux, jamais récalcitrants de leurs seigneurs, leur ouvrent médiocrement, et faute de savoir faire mieux, leurs portes à l’opinion publique, détruisant lentement mais sûrement la noblesse et la symbolique d’une fonction, finalement secondaire pour les politiques eux-mêmes, puisqu’il s’agit moins d’assumer une fonction que de la mettre en scène pour l’opinion.
Et puisque plus rien ne peut nous surprendre, pourquoi ne pas demander à la société de production audiovisuelle, j’ai nommé Endemol, de réfléchir pour 2012, le temps de se faire à l’idée, à une « Republic Academy ». Nos candidats dans un château de l’Elysée reproduit à l’identique qui passeraient des tests de culture politique, coaching télé, maîtrise budgétaire, prendraient des cours de promesses, de diplomatie, un peu de sport, “c’est important”, qu’il a dit Sarkozy, avant d’être éliminés par les téléspectateurs, à coups de SMS (l’Etat négociera alors sans doute un tarif citoyen avec l’ancienne société d’Arthur) pour désigner celui qui aura le privilège de franchir la porte du vrai Château au rythme d’un nouvel hymne national composé par un quelconque Francis Lalanne ou Didier Barbelivien. Le pire n’est jamais sûr…
Les sous-marins coulent nos candidats
février 26, 2007
On s’était beaucoup moqué de la énième bourde de la candidate socialiste, incapable de répondre à la question piégeuse du grand manitou de RMC , Jean-Jacques Bourdin, « combien la France possède-t-elle de sous marins nucléaires ». Surprise et sans doute largement ignorante (et c’est un défaut) du sujet, Ségolène avait répondu « un seul… ». La réponse était sept…
20minutes.fr relate que « Invité ce matin sur RMC , Nicolas Sarkozy s’est fait –lui aussi- piégé par Jean-Jacques Bourdin qui lui a demandé si les combattants d’Al Qaïda étaient sunnites ou chiites. «Il est impossible de répondre à cette question» car Al-Qaïda est une «nébuleuse», a répondu le ministre de l’Intérieur. Faux, «ce sont des sunnites», a réagit l’animateur qui a demandé, plus tard, combien la France avait de sous-marins nucléaires d’attaque. Quatre ou cinq, ont ensuite débattu les deux hommes. Nicolas Sarkozy a toutefois jugé la question «spécieuse». Autrefois, c’est sur le prix de la baguette de pain que nos candidats se faisaient avoir, certes on ne leur demande pas lors d’une campagne électorale de faire des exposés détaillés sur leur programme militaire, mais la responsabilité du bouton nucléaire mériterait un minimum de révision…
Etonnant qu’en se rendant au micro de RMC, Nicolas Sarkozy n’ait pas anticipé la question sur les sous-marins, dont l’UMP s’était tant amusée. Mais c’est surtout l’ignorance du ministre de l’intérieur, responsable de la lutte contre le terrorisme, responsable des services secrets, qui fait froid dans le dos. « Nébuleuse » est un terme un peu générique pour qualifier le mouvement Al-Qaïda (“d’inspiration sunnite”…)
Un petit conseil de lecture quand même pour le candidat Sarkozy, le très instructif livre de l’historien Jean Pierre Filiu : « les frontières du jihad ».
Sarkozy au secours de TF1
février 20, 2007
Il est des déclarations qui, à quelques jours d’intervalle résonnent comme en écho, à croire que les interlocuteurs se fréquentent…
Prenez les interviews données au journal l’Express par Patrick Le Lay, vendeur à ses heures de temps de cerveau disponible et accessoirement PDG, sur le départ, d’une « entreprise modeste » nommée TF1.
Une entreprise modeste de 4.000 salariés pour un Chiffre d’Affaires de 2,65 milliards d’euros et comme le dit Patrick Le Lay sur le site web de sa « PME » qui maîtrise tout de même : “l’ensemble de la chaîne de valeur de l’audiovisuel, du développement de contenus fédérateurs à leur consommation sur tous les supports : TV, PC, les nouveaux supports mobiles jusqu’au hors média. TF1 propose ainsi une offre cohérente à ses annonceurs de l’approche grand public au “one to one” ». Modeste, mais de quoi faire quand même…
Dans son interview donnée à l’Express la semaine dernière, Patrick Le Lay, en réponse aux critiques concernant la couverture de l’élection présidentielle par sa chaine demandait instamment « la protection des politiques » : « La Une est une entreprise modeste comparée aux vrais «nouveaux entrants» que sont Google, Orange ou les géants qui gravitent, de par le monde, sur le marché des télécoms, avec des capitalisations boursières gigantesques et des résultats nets supérieurs à notre chiffre d’affaires. Face à ces conglomérats, il existe en France une entreprise de taille moyenne qui s’appelle TF 1 et que la classe politique devrait encourager et protéger, plutôt que de chercher à l’attaquer et à l’affaiblir. Seuls les groupes de communication nationaux peuvent garantir à la classe politique de ce pays un respect de notre identité et de nos valeurs, qui s’engageront autour du combat pour la diversité culturelle à la française ».
Cette semaine, sur le site web du même journal, une certitude, un candidat a compris le message, c’est celui de l’UMP : « La France est un pays démocratique qui s’est doté d’un nombre important d’instances de contrôle. Le CSA exerce une surveillance étroite sur l’indépendance des chaînes de télévision. Quant aux commandes publiques, elles sont, elles aussi, contrôlées. Par ailleurs, notre industrie des médias, assez fragile, est menacée par les évolutions considérables que sont la révolution numérique et la mondialisation. Elle a besoin d’avoir des groupes solides qui la structurent et la renforcent. C’est pourquoi l’équilibre doit viser en permanence à conforter le développement des groupes français, tout en préservant le pluralisme et l’indépendance du secteur. La situation actuelle, satisfaisante dans ses grandes lignes, n’exclut pas des adaptations », expliquait Nicolas Sarkozy.
« Modeste » pour l’un, « fragile » pour l’autre…Bref une entreprise famélique, un secteur où règne l’indépendance et des commandes publiques contrôlées…. Rien à signaler, tout va bien.
Comme le dit de façon si innocente le directeur de l’information de TF1, Robert Namias, « l’amitié entre Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues, principal actionnaire de TF1, ne joue « en rien sur l’information » et encore moins sur leur vision de l’audiovisuel.
A lire les propositions de Ségolène Royal et François Bayrou qui déclarent pour leur part « anormal que des groupes industriels dont l’activité dépend pour partie de commandes de l’Etat soient à la tête de grands médias », on imagine que Martin Bouygues, Patrick Le Lay et Robert Namias auront une légère préférence dans l’isoloir.
Nous sommes tous des “Alain Duhamel”
février 17, 2007
Ca y est, comme un seul homme et comme c’était prévisible, la caste éditorialistique cumularde et multicartes - Elkabbach en tête, la même qui ignore les paquets de pigistes en bas des rédactions- a volé au secours d’Alain Duhamel.
Un seul mot d’ordre : « Il faut sauver le soldat Duhamel »
Inutile de s’interroger jusqu’à plus soif sur l’écartement justifié ou non d’un intouchable de l’édito politique, symbole à lui seul de toute une génération de propriétaires du pouvoir journalistique qui voit peu à peu, fébrile et désemparée, à l’occasion d’un scrutin national, lui échapper peut-être définitivement son privilège à communiquer et qui tente de s’accrocher aux branches du frêle arbrisseau.
Et sans doute que quand il qualifie l’Internet d’à la fois « émancipateur » et « totalitaire », ce en quoi il n’a pas tout à fait tort, puisque le web a prouvé maintes fois qu’il pouvait accueillir tant le meilleur que le pire, Alain Duhamel regrette le temps délicieux de l’ORTF où les émissions politiques se fabriquaient dans la plus parfaite communion avec le pouvoir, pour être diffusées sur un canal unique.
On imagine la brutalité du retour sur terre !
L’officier de la légion d’honneur, directeur d’Europe 1 et de Public Sénat (et j’en passe…), l’inénarrable Jean Pierre Elkabbach le disait dans « Le Monde » du 4 janvier, à l’origine d’une chronique sur « le journalisme à l’heure du web » : « Dans la jungle des blogs et la confusion entre communication et information, la presse conserve son rôle. La France compte de moins en moins de journaux et de plus en plus de blogs. (…)Chacun devient son propre média, avec le double risque de se perdre dans « l’hyperinformation » et de s’enfermer dans sa propre solitude. Voilà pourquoi nous sommes en train de changer profondément : c’est en imaginant autrement nos métiers que nous jouons notre rôle ».
Rien de très percutant dans tout ça, surtout quand on garde présent à l’esprit l’identité de l’auteur du texte qui, dans le domaine de la confusion entre communication et information en connaît un rayon…
Mais avec l’éviction de son ami Duhamel, Elkabbach a quelque peu changé de ton: “Là, c’est le pire d’Internet. Comme François Chérèque, j’en appelle au réveil des journalistes, qui doivent exercer leur responsabilité.”
“Délateurs (…)procureurs(…)populistes(…)” sépoumonne-t-il même dans l’interview du nouvelobs.com, ajoutant “les journalistes sont des citoyens comme les autres. Il n’y a aucune raison de les émasculer ou de les priver de leur droit de s’exprimer de manière personnelle et privée”. Encore un qui refuse qu’on lui retire sa liberté de penser. Ben voyons…
Ajoutez à cela que le “citoyen-comme-un-autre” Elkabbach dirige un média (plusieurs même) qui lui donne accès quotidiennement aux salles à manger de plusieurs millions de foyers, ce qui oblige à une certaine prudence en période électorale, les journaux écrits n’ont jamais fait mystère de leur proximité politique avec tel ou tel parti, alors que tous les médias audiovisuels de masse, se réfugient pour cause de course à l’audience et au consensus derrière le mirage d’une neutralité parfaite, quand pour la plupart ils sont propriétés de groupes industriels surpuissants qui jouent un rôle de “rouleau compresseur” médiatique dans le cadre indépassable d’une économie de marché.
Sans doute que le directeur d’Europe 1 a eu lui aussi quelques sueurs froides, lorsqu’il a vu que circulait sur le net la retranscription de son interview de Jean Louis Bianco, où laissant échapper quelques lapsus, Elkabbach, utilisa le pronom “nous” pour évoquer l’UMP…No comment. L’interview a été retiré du site d’Europe 1.
Précisons, au passage, que si François Chérèque, de son côté en appelait au “réveil des journalistes”, il faisait allusion au passage de Nicolas Sarkozy dans l’émission de TF1: “j’ai une question à vous poser” où il avait relevé plusieurs erreurs, que personne, ni PPDA en direct, ni la rédaction de TF1 le lendemain, ni la rédaction dirigée par Elkabbach n’avaient corrigés.
Passons…De nombreux journalistes exerçant à l’intérieur de rédactions ont trouvé dans leur blog une nouvelle liberté d’expression que les normes journalistiques ne permettent plus en presse écrite et audiovisuelle, pour autant les exemples existent déjà de journalistes dont les directions ont demandé la fermeture du blog (voir Laurent Bazin) pour avoir dépassé la ligne jaune virtuelle.
Si le développement d’Internet signifie pour les journalistes une nouvelle forme d’autonomie, une capacité de critique en temps réel de la fabrication de l’information, peut-être que l’outil participera d’une cure de jouvence d’une profession à propension autarcique. Car si Jean Pierre Elkabbach semble craindre, à raison, l’enfermement de chacun dans sa propre solitude, il occulte habilement, que c’est toute une élite journalistique, dont il est l’incarnation, qui jusque là se bunkerisait dans son « petit monde clos ».
La solitude vaut peut-être encore mieux que l’entre-soi, surtout quand il confine à l’isolement oligarchique.
Reste que depuis le début de cette campagne, et plus encore avec la « mini-affaire » Duhamel, il flotte comme une impression de malaise concernant la fonction et le positionnement de médias « classiques » qui ne s’appartiennent plus et ne parviennent pas à maitriser le rythme d’une campagne qui semble ne jamais vraiment démarrer, sur laquelle plane une atmosphère de rare futilité –le renouvellement des générations, les enfants de la télé qui poussent vers la sortie les enfants de la République, constitue une révolution au sens où la maîtrise de l’image est désormais le critère essentiel de campagne (voir Henri Guaino, la plume de Sarkozy dans l’émission « Envoyé Spécial » qui expliquait sans scrupules, qu’il se foutait complètement du fond et de la légitimité de son candidat à s’approprier des figures emblématiques telles que Blum et Jaurès : « si ça prend…(sourire) » – et qui risque de priver, une fois encore, les citoyens français d’un véritable débat.
Le jour où Duhamel a basculé dans le…centrisme !
février 15, 2007
L’info pour n’être pas vraiment surprenante, interpelle.
Alain Duhamel est centriste et il votera Bayrou !
C’est Guy Birenbaum qui reprend l’info sur son blog .
C’est vrai, vous me direz, il l’a toujours été. Tel le jouet à bascule, le Duhamel revient toujours au centre, c’est encore là que ça tangue le moins et que l’équilibre est le plus stable.
La nouveauté, c’est que, emporté dans son élan, cette fois-ci après cinq minutes d’éloges du candidat Bayrou, lors d’une réunion en présence de jeunes UDF, il lâche tout de go « je voterai pour lui ».
Pour ainsi dire, on s’en fout ! On se doutait que l’éditorialiste du Point, de Libération, de RTL et de tous un tas de journaux régionaux, ne pouvait pas chanter l’Internationale en levant les bras, donc exit Besancenot, qu’un adepte du solex n’est pas complètement mauvais donc pas Sarko non plus, et qu’il ne pouvait aller jusqu’à donner sa voix à une candidate qu’il ne voyait même pas se présenter, sauf pour expier ses fautes.
Mais c’est beau à voir, presque émouvant, iconoclaste -comme on dit en ce moment- « le jour où Duhamel a basculé »…
Duhamel qui oublie ses fondamentaux, au point de faire une boulette, c’est qu’il se passe vraiment quelque chose dans cette campagne…



















