En France, c’est le journal Le Monde qui avait amorcé la tendance, sur le modèle du NY Times, par la mise en place d’un classement des articles « recommandés » par les lecteurs .
L’initiative avait suscité quelques remous, pour finir par passer sans trop d’encombres.

Comme le rapportait, Emmanuel Parody, récemment sur son, blog , aux USA, c’est une journaliste de ZDNet.com, Mary Jo Foley , « devenue indépendante tout en continuant sa collaboration via un blog qui a récemment expliqué qu’elle était rémunérée à la performance c’est à dire selon le nombre de lecteurs de ses articles ».

Imagine-t-on une « prime aux clics » versée aux journalistes les plus rémunérateurs lors d’un barnum de fin d’année organisé par la direction du Monde et sponsorisé par Vivendi ou Microsoft. Heureusement, nous n’en sommes pas là. Et pourtant. De la même manière que la mesure d’audience à la minute des émissions de télévision a largement influencé le rythme, la durée et le choix des sujets traités en télévision, la mise en place d’un classement général des articles les plus performants a également joué un rôle majeur dans la structure des nouvelles formules des journaux généralistes et de leurs sites web évidemment.

De fait, le classement est une incitation à la lecture des articles les plus lus, soit le contraire de la noble mission d’un journal : le droit à l’effet de surprise. A savoir, lire un article qui aura attiré l’attention d’un lecteur, a priori complètement indifférent à la thématique développée.
Dans cette optique c’est presque un classement des articles les moins lus qui devraient trouver sa légitimité sur un site afin de donner à ces articles une chance d’exister sur le net. Encore qu’un article ignoré par les lecteurs, ne soit pas forcément un gage de qualité non plus…

Revenons à nos moutons. Les dégraissages intensifs que l’on constate dans les grands groupes de presse et les journaux généralistes, laissent d’ailleurs à penser que de plus en plus les rédactions de journaux ne seront constituées que d’une plate-forme de quelques rédacteurs en chef et rédacteurs spécialisés, le reste du contenu des journaux étant « rempli » par des pigistes à disposition.

« Le journalisme des temps modernes » autre nom de « l’horreur journalistique » auquel on préfère parfois le doux sobriquet de « journalisme participatif » ou « citoyen » prend ainsi tout droit le chemin tortueux de cette mesure d’un journalisme à la performance.

Ainsi, on imagine déjà la fin du classement des articles « recommandés », supplantés par le classement des e-journalistes, le rédacteur en chef les pieds sur le bureau avant son bouclage, complètement ignorant de l’actualité -la pertinence du choix devenue superflue- d’un air goguenard : « prends lui son papier à l’autre, en général il fait du clic, c’est un bon ! Il est « bankable ».

Après avoir enquêté sur un collaborateur de Ségolène Royal, le Canard Enchainé révèle cette semaine qu’en novembre, le responsable de la cellule communication des RG a demandé fin novembre à tout connaître sur les biens du couple.

L’hebdomadaire ajoute que cette enquête « servira à illustrer une « note blanche » destinée au directeur général de la police nationale ». Les Renseignements généraux qui étaient supposés ne plus suivre depuis la fin des années 1990 la vie interne des partis et devaient se réorienter vers la lutte contre le terrorisme, les violences urbaines et l’économie souterraine ont catégoriquement démentis ces informations.

Reste que si les faits rapportés par « Le Canard » s’avéraient exacts, ils signaleraient le retour aux méthodes des anciennes officines barbouzardes aux commandes des cabinets politiques.

Libé voit rouge

janvier 30, 2007

Alors que le journal semblait avoir retrouvé une certaine sérénité depuis l’arrivée de Laurent Joffrin, avait produit quelques numéros intéressants (notamment celui sur la fabrication du journal), la multiplication des départs de journalistes « historiques » et les tensions rapportées par le site du nouvelobs laissent à penser que l’ambiance est encore très pesante au sein de la rédaction.

Les syndicats rapportent des pressions à l’encontre de certains salariés pour quitter l’entreprise. Des méthodes, si elles sont vérifiées, déplacées et préjudiciables à un moment décisif de la vie politique, période en général faste pour la presse qui aurait pu se révéler un tremplin intéressant pour relancer le titre et réaffirmer son identité.

Ce n’est pas le chemin que paraît prendre Libé accaparé par des luttes internes. Libé debout, mais Libé K.O ?

Le lifting de Politis

janvier 29, 2007

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Après avoir lancé une souscription, pour se sauver d’une mort lente mais pas improbable, l’hebdomadaire Politis retrouve des couleurs.

Nouvelle formule, nouveau site internet, déjà des nouveaux lecteurs, preuve qu’une presse qui revendique ses positions plutôt que d’assurer le lecteur « statistique » d’une illusoire neutralité peut encore rencontrer la réalité d’un public.

débadidé

janvier 28, 2007

La tendance en ce début de campagne présidentielle, pour tout bon éditorialiste consiste à s’indigner avec un air innocent, alors que la plupart navigue dans « le monde politico-médiatique » depuis des lustres, connaisse la mécanique politique comme leur poche d’éditorialiste…La tendance donc consiste à s’indigner des coups bas terribles, petites phrases assassines et autres entourloupes perfides et pas très originales que s’infligent les candidats à tour de rôle.

Outre que les médias, aussi carnivores qu’il sont, ne se sont jamais nourris que de ça tout en lançant régulièrement des appels très hypocrites au « débat d’idées »-imaginez, ne serait-ce un seul instant un « débat d’idées » animé par Arlette Chabot (son émission, dont le nom m’échappe, sorte de « questions pour un champion » politique, le buzzer en moins en est le contre exemple absolu, même François Hollande -attéré par le petit quizz d’Arlette en début d’émission- pensait qu’il y avait peut-être un « filet garni » à gagner à la fin, une question structurée voire impertinente de Claire Chazal, ou la discussion approfondie d’un programme dans « 20 minutes ») sitôt la campagne commencée, ils ignorent subtilement qu’ils en sont parmi les principaux scénaristes et qu’il ne tiendrait qu’à eux de tenter d’en élever le niveau plutôt que de gloser jusqu’à plus soif sur les « bourdes monumentales » (fichtre !) d’un Montebourg, aussi tragi-comiques, fussent-elles.

Aussi, tout bon éditorialiste, à ce moment de la campagne se doit d’interpeller les candidats sur le mode « Ne soyons pas angéliques, une campagne présidentielle est aussi un rude combat de personnalités, une opposition de stratégie d’images quasi-militaire, mais de l’art de la guerre politique il ne faudrait pas faire un affrontement rhétorique au point d’en oublier la confrontation idéologique » (L’éditorialiste aime les fins en « ique », ça donne du rythme à son édito, ça fait le mec qui en connait des mots, et qui en plus a beaucoup réfléchi à son sujet).

Puis l’éditorialiste, sitôt son billet envoyé, peut s’en retourner vaquer à ces occupations d’éditorialiste, lire les dernières petites phrases politiques tombées sur le fil AFP, appeler ses copains politiques pour voir s’ils ont des trucs à balancer sur la dernière connerie du camp d’en face histoire d’alimenter le robinet à crasses, préparer son prochain billet sur la dernière bourde, se faire tout beau pour son émission du soir où il posera des tas de questions sur la stratégie du candidat, les gaffes de son adversaire, le tout en omettant soigneusement d’aller sur le terrain des idées et en s’indignant au moindre écart d’un candidat qui oserait sortir des clous. Pour dénoncer quelques temps plus tard dans un édito une campagne morne, où tous les coups sont désormais permis et surtout sans « débat d’idées ».

Créé en 1645, le plus vieux journal papier du monde, un quotiden suédois répondant au doux nom de Post och Inrikes Tidningar a annoncé cette semaine qu’il remisait au placard sa version papier pour se consacrer uniquement à l’Internet. Symbolique: le numérique enterre 450 ans d’imprimés, c’est Gutenberg qu’on assassine ! Pour des raisons budgétaires et un lectorat fortement amoindri -des symptômes largement partagés par la presse française-, le journal ne pouvait plus s’en sortir. Si cette réforme radicale laissera sans doute à certains un coup de spleen, c’est la déclaration du nouveau rédacteur en chef du titre qui laisse songeur :« Maintenant, tout le monde a une chance d’être informé » a-t-il déclaré, lyrique. Certes. Rien que de plus juste, mais jusqu’à preuve du contraire, l’imprimé n’empêchait personne de l’être…

Sarko verrouille

janvier 24, 2007

Dans son édition d’hier le canard enchainé révélait avec moult détails comment le ministre-candidat-président de l’UMP et du conseil général des hauts de Seine Sarkozy réquisitionnait les moyens de l’état pour aller fouiller dans le passé, si possible douteux, des collaborateurs de la miss Ségolène. En l’occurence, Bruno Rebelle, un ancien de Greenpeace, association surveillée depuis longtemps. « La section enquête des RG produit note sur note » dixit le Canard, « c’est pire que sous Pasqua » ajoute un agent des RG. Presque rien de bien scandaleux dans tout ça, c’est même le boulot historique des RG que d’enquêter sur toute association ou personne susceptible de perturber « l’ordre public », mais en surmultipliant ses casquettes, c’est le ministre-candidat qui fait peser la suspicion sur tout l’appareil d’état. Au point que même les flics ont désormais des scrupules à faire leur travail. C’est pas peu dire…

On comprend mieux ainsi pourquoi le petit prince de Neuilly n’est pas pressé de quitter son ministère, il réclame à chacun de ses déplacements des notes concernant les « activistes » susceptibles de le bousculer.

Dans un autre genre, le journaliste de l’Exress Renaud Revel explique comment le producteur de télévision Dominique Ambiel, ancien conseiller en communication de Jean-Pierre Raffarin, à la tête de la société A Prime, qui fut chargée de la mise en scène du show de Nicolas Sarkozy, porte de Versailles, à Paris, réalisera la grande émission politique de TF1, dont le premier invité sera…Nicolas Sarkozy.