BHL, sous le soleil

mars 26, 2007

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Quelle que soit la situation, BHL semble toujours faire le beau au milieu du boulevard Saint Germain.

Bernard Henri Lévy, dont Raymond Aron disait qu’il était « perdu pour la vérité nous a, en l’espace d’une semaine donné une vision assez claire de sa posture kaléidoscopique « d ’intellectuel-reporter-people-businessmen-germanopratin ».

Entre deux messages de soutien à Ségolène Royal, qu’il avait fustigé dans un bloc-notes du Point jusqu’au jour où elle lui accorda une rencontre dans un grand restaurant parisien, le propriétaire et utilisateur unique du droit d’auteur labélisé « BHL », a choisi dans un de ses derniers périples où il part se mettre en scène pour « Paris Match », la mèche au vent, au milieu de l’Histoire en marche pour construire sa légende d’intellectuel engagé de se rendre au Darfour.
Certes, l’opération médiatique qui consiste à éveiller quelques consciences occidentales sur la situation au Soudan aura sans doute fonctionné, c’est de son efficacité « sur le terrain », dont on pourra douter tant BHL possède l’art de simplifier les problèmes à l’extrême, limitant le plus souvent son message à un appel vindicatif, une gueulante télévisée, à l’action, sans autres précisions, sans rappeler que les belligérants refusent notamment une intervention de l’Onu sous le prétexte fallacieux d’un néocolonialisme déguisé, que des diplomates de tous les pays n’ont pas attendu BHL et ses affidés photographes pour plancher sur le sujet. Et que l’arrivée dans la partie du sieur BHL n’accélérera sans doute ni ne ralentira les choses.
Mais enfilant sa veste de « journaliste de l’instantané, de tous les combats », toujours prêt à partir, on l’imagine écrivant ses articles dans son luxueux appartement parisien, l’important étant la photo de BHL « sur le terrain » au milieu des combattants et la promo, BHL vitupère, s’empare d’une marotte pendant quelques mois, convaincu que le poids des mots dans un journal du Soir et le choc des photos –de BHL- dans un hebdomadaire people suffiront à apaiser les esprits d’une guerre civile commencée en 2004 mais qui fait suite à une précédente guerre civile commencée en 1983 et qui avait fait près de 2 millions de morts. Autant de crises oubliées, derrière lesquelles BHL semble oublier qu’elles dessinent une fragmentation géopolitique du monde, que quelques coups de colère n’aideront pas à solutionner.
Car comme dit si bien BHL dans Paris-Match « nous savons, à peu de choses près, comment faire cesser ce carnage ». C’est dans cet « à peu de choses près » que se trouve résumée toute la personnalité de l’aventurier BHL. « A peu de choses près », nous savons changer le cours de l’histoire, stopper des guerres intestines, quelques pressions sur la Chine, un boycott des JO et ce sera réglé…« à peu de choses près ».
Malgré toute l’assurance qu’on lui connait, dans ce cas précis, la plume « BHLienne » ne parvient pas, peut-être même malgré lui, à empêcher cet « à peu de choses près » qui en dit long sur les limites de l’opération.
Englué dans une « culture de paix », BHL évolue dans un monde sans ennemis qui espère la disparition de toutes les formes de puissance et volontés de domination. On peut admettre que la démarche est à saluer, que le reportage nécessite un certain courage, paradoxalement c’est sa perpétuelle course à l’image qui trouble. Dans le feuilleton BHL parcourt le monde, du vaste monde au petit monde, « BHL à New-York », « BHL avec Arielle au Crazy Horse », BHL nous a offert récemment « BHL avec Arielle à l’Ile Maurice », succédant dans une étonnante vulgarité à « BHL au Darfour ». Courant partout, jugeant de tout avec une étonnante promptitude, toujours avec la même aisance de Khartoum à Port-Louis, BHL se perd, BHL nous perd, progressivement, la marque BHL brouille un peu plus le message à chacune de ses sorties. Si BHL y a posé ses valises est-ce parce qu’une guerre civile sourd non loin des plages immaculées de l’Ile Maurice, ou le périple au Soudan n’était-il qu’un prétexte pour faire un break ? Le passage du Darfour à l’Ile Maurice et de leurs mises en scène médiatiques auraient, en effet, nécessité une sorte de « délai de décence », à croire qu’au milieu des combats, le jet privé de l’écrivain faisait chauffer les moteurs, destination Port-Louis. Le tout afin d’éviter d’amalgamer les deux capitales dans un même destin historique.

« Tout est maintenant vacances et poursuite de vacances », disait Philippe Muray, BHL toujours à chercher le soleil de Khartoum à Port Louis nous en donne une preuve éclatante.

Très sévère avec l’empire Bouygues et les médias dominants en début de campagne, le candidat Bayrou a quelque peu adouci son propos.
Depuis qu’il fait partie des « présidentiables », et court les plateaux télés, plus un mot sur ces thèmes que sont les concentrations, la propriété de société audiovisuelle par des groupes vivants des marchés publics etc.
Bayrou n’a d’ailleurs jamais véritablement expliqué comment il s’y prendrait pour faire passer de telles réformes.
Même les émissions de TF1 semblent désormais lui plaire…comme le montre ce reportage vidéo du nouvelobs.com

Bayrou au Nouvel Obs

Journaliste pour l’hebdomadaire « Marianne », décrypteur féroce de l’univers médiatique, Philippe Cohen, co-auteur de « la face cachée du Monde » avec Pierre Péan et de la BD « la face Karchée de Sarkozy » a accordé un entretien à l’hebdomadaire syndical FO hebdo que retranscrit le site du journal.

Philippe Cohen : La presse, «l’idéologie sous le mode de l’évidence»

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« L’information peut tout nous dire. Elle a toutes les réponses. Mais ce sont des réponses à des questions que nous n’avons pas posées, et qui ne se posent sans doute même pas. »

Plutôt que de me lancer dans une exégèse improbable de l’oeuvre de Jean Baudrillard, voici une sélection de liens et textes qui permettront de se faire une idée de l’oeuvre abondante de ce penseur radical. Et notamment ses réflexions sur la disparition du réel sous la profusion des images.

– Une conférence à l’ENS sur le thème de la « violence faîte aux images »

La violence faîte aux images

– Une interview à Chonic’art

Chronic’art

– Une interview pour Humains associés

Humains associés

– Un texte sur la « pornographie de la guerre »

Algérie dz

– Un texte sur « la violence de la mondialisation »

Monde diplomatique

– L’émission d’Elisabeth Lévy sur France Culture avec Jean Baudrillard (1ère partie)
Le Premier pouvoir

– L’émission d’Elisabeth Lévy sur France Culture avec Jean Baudrillard (2ème partie)
Le Premier pouvoir

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Nicolas Sarkozy, rédacteur en chef pour un soir du « Grand journal » de Canal+, Ségolène Royal qui vient faire la revue de presse de France Inter, François Bayrou, rédacteur en chef de RMC infos qui répond aux questions des auditeurs, lancent la pub etc.

Après avoir évacué les journalistes des émissions dîtes « politiques » -elles ne l’étaient déjà plus tellement- et emblématiques, réduisant leurs rôles à celui de passeur de plats, nos politiques ont désormais, conséquence de l’absence d’imagination abyssale et de la veulerie des chaînes, pris la place des animateurs qui leur était offerte. Le tout à leur profit.

 

En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces émissions sont, pour les candidats, des moments agréables à passer. Deux heures de bavardages rarement embarrassants, à peine quelques sourires, et moqueries dont les politiques ne savent que trop se jouer.

Flatteries, larmes, moments de compassions interminables. Ajouter à cela des questions égotistes, maladroitement formulées, motivées par le souci de mimer ces exemples modernes que sont les professionnels de la télévision.

 

Sarkozy, donc, rédacteur en chef du « grand journal de Canal plus » qui invite « ses » invités -logique-, un petit numéro de clientélisme anti-Ségo avec une présidente d’association d’aide aux femmes en détresse, Paul le Guen et Bernard Laporte, nous expliquant à quel point, le candidat de l’UMP est un grand sportif et à quel point le sport doit être une priorité de Sarkozy tant le sport véhicule de valeurs estimables (au hasard, on pourra citer la violence, le racisme, les inégalités, le fric, la performance, le culte du corps etc.). Dans un élan de sincérité médiatique, le candidat se laisse aller à dire que s’il était élu « Président de la République, il serait favorable à pratiquer encore plus le sport dans les écoles ». On lui suggère d’aller jusqu’au bout de ses idées, et de proposer de ne faire plus que ça…

 

Beigbeider grotesque, fidèle à lui-même qui sert la soupe au candidat Sarko, éludant toutes questions gênantes à coups d’applaudissements ou de mauvaises blagues, nous décrivant un Sarkozy « hyper sensible », finalement mal connu. Dialogue surréaliste, sonnant trop faux entre l’homme sensible et modeste Sarkozy, qui se refuse à dévoiler son intimité, et l’écrivain-pubard Beigbeider dévoilant la face cachée du candidat.

 

Mais ce n’est pas tant le contenu de l’émission qui fait problème que cette tendance des hommes et femmes politiques majeurs à se prêter à toutes les guignolades médiatiques que les créatifs du genre ne pensent plus pour eux. Avec, désormais l’ultime avatar du genre qui consiste à devenir eux-mêmes animateurs d’une émission de télé.

 

Devenus ainsi des animateurs de la République, on comprend à quel point le désir de notoriété et d’image participe du désir de pouvoir –Sarkozy qui avoue qu’il aurait aimé être Beigbeider- et d’un affaissement du politique.

 

Les politiques en campagne refusent tout débat. Trop risqués, trop d’imprévus, demandant une vaste maîtrise des sujets, mais s’accommodent, et en redemandent même de ces émissions dont ils sont désormais rédacteurs en chef, qu’ils dirigent, conçoivent, où il rient au bon moment, lancent la claque, répondent à des questions sur leurs goûts musicaux, sont certes un peu moqués, pour donner le change.

Et les médias, vassaux, jamais récalcitrants de leurs seigneurs, leur ouvrent médiocrement, et faute de savoir faire mieux, leurs portes à l’opinion publique, détruisant lentement mais sûrement la noblesse et la symbolique d’une fonction, finalement secondaire pour les politiques eux-mêmes, puisqu’il s’agit moins d’assumer une fonction que de la mettre en scène pour l’opinion.

 

Et puisque plus rien ne peut nous surprendre, pourquoi ne pas demander à la société de production audiovisuelle, j’ai nommé Endemol, de réfléchir pour 2012, le temps de se faire à l’idée, à une « Republic Academy ». Nos candidats dans un château de l’Elysée reproduit à l’identique qui passeraient des tests de culture politique, coaching télé, maîtrise budgétaire, prendraient des cours de promesses, de diplomatie, un peu de sport, « c’est important », qu’il a dit Sarkozy, avant d’être éliminés par les téléspectateurs, à coups de SMS (l’Etat négociera alors sans doute un tarif citoyen avec l’ancienne société d’Arthur) pour désigner celui qui aura le privilège de franchir la porte du vrai Château au rythme d’un nouvel hymne national composé par un quelconque Francis Lalanne ou Didier Barbelivien. Le pire n’est jamais sûr…