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Portrait étonnant d’Arlette Chabot dans Le Monde du 25 avril. Titré « Arlette Chabot, une intervieweuse pure et dure » , l’article est louangeur à souhait. Comme c’est malheureusement de plus en plus le cas dans les pages « Magazines » du Monde.

Personnellement, je n’ai encore jamais vu l’intervieweuse pure et dure dont on fait l’éloge sans nuances dans cet article qui sent le copinage à plein nez -ou l’article de commande quand on se rappelle qu’Eric Le Boucher (journaliste au service économique du Monde) est un intervenant régulier de l’émission-.

Mais sans doute qu’on ne regarde pas avec le même souci du détail les mêmes émissions de télévision.

Trois heures de soupe servies à Sarkozy dans « A vous de juger ». Pure et dure, en effet…Des contre-vérités assénées par le leader du front national, sans jamais une correction de la part de cette journaliste décrite dotée d’un féroce « esprit critique qui la rend insatisfaite de la plupart des émissions ».

« Elle écarte les dîners en ville » dit l’article comme pour marquer son indépendance rigoureuse. Tout juste apprend-t-on qu’elle fréquente les réunions du « Siècle », l’un des clubs les plus influents de la capitale (effectivement plus la peine de courir les diners).

« La politique est sa grande affaire. Les idées, les enjeux, les acteurs » ajoute la journaliste. Là encore, on aimerait que la journaliste à l’origine du portrait nous livre quelques exemples d’idées politiques qu’Arlette Chabot a mis sur le tapis télévisuel. Sa savoureuse émission « A vous de juger» commençait par des questions dont la légèreté affligeait certains invités (François Hollande par exemple), des photos des candidats enfants etc.

Sa grande mission viserait même « à élever le débat d’idées »…Mais on vous en prie, madame Chabot. Faîtes donc ! La campagne touche à sa fin, et cela fait maintenant plusieurs années que la dame Chabot préside la rédaction de France 2 sans que le service public ne se distingue particulièrement par la hauteur de ses débats.

Le portrait vire au grotesque par certains passages dont on ne sait s’ils relèvent de la farce. Ainsi Arlette Chabot serait « trop respectée. Par son travail, qui bluffe jusqu’à ses détracteurs. Par son exigence tourmentée, qui épuise et exaspère ses troupes. Par son intégrité inaltérable ».

Ben, mon cochon ! Pourquoi s’arrêter à des superlatifs aussi mesurés, un travail qui « bluffe ses détracteurs » (merci, je passe, j’ai jamais été bluffé, navré plutôt…), « une intégrité inaltérable ». Attention, on n’est jamais sûr de rien, jamais à l’abri d’un dérapage, même quand on touche à la perfection journalistique. Une question complaisante à Copé après une journée un peu difficile et c’est toute une réputation qui s’effondre.

Dommage le portrait est presque trop court, trop beau aussi. On aurait bien repris un peu de ce monde merveilleux d’Arlette Chabot. Avant de se replonger dans la triste réalité…

A vous de juger

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Guimauve télévisuelle

avril 24, 2007

Paradoxe du scrutin présidentiel, si la campagne a permis à certains quotidiens et newsmagazines de retrouver une certaine vigueur, elle a également marqué la décomposition du journalisme politique. Le journaliste est devenu, moins qu’un médiateur, un relais d’opinions. Comme souvent c’est l’ogre TF1, qui a le mieux et le premier marqué cette évolution avec son émission « j’ai une question à vous poser ». PPDA qui incarnait jusque là pour la télévision l’intervieweur incisif –c’est dire si on partait de loin- était cette fois ci au second plan, derrière un pupitre, accueillant les candidats et le soumettant aux questions du panel installé dans un décor-amphithéâtre.

Nulle analyse, aucun débat, toutes les erreurs des candidats étaient acceptés aussitôt formulées et validées par la machine TF1 à travers son journaliste qui voit sa fonction réduite à un rôle de passeur de plats, « enregistreur » de discours compressé entre des candidats devenus des professionnels de l’image et de la communication politique et un public, consommateur quasi-professionnel de télévision qui s’enivre d’enfiler en amateur, le temps d’un instant, le journaliste professionnel.

Dès lors, que devient le rôle de ce dernier, roseau non-pensant, ectoplasme vaguement recadré au second plan derrière son pupitre attendant que l’heure passe. Tout le monde est content, le public ravi d’avoir pu formuler quelques questions personnelles aux candidats, le candidat qui a échappé aux questions qui fâchent et sait déjà qu’être apparu proche des « vraies gens », lui est favorable et le journaliste de TF1, à l’esprit d’entreprise toujours aussi peu discret qui se gargarise à l’antenne de l’audience réalisée par sa chaîne et remercie le public d’avoir choisi « SA » chaîne. On n’ose espérer que par contrepoids, la presse retrouve quelques affidés par lassitude de cette guimauve télévisuelle.

Mener une campagne électorale avec derrière soi une entreprise de relations presse dévouée aussi puissante que TF1 est un atout majeur. Il suffit de regarder les 20 h de la « Une » pour s’en rendre compte: Compte rendu du déplacement « en banlieue » de Nicolas Sarkozy -en fait une cérémonie de naturalisation à Villepinte-, et pour mettre les questions gênantes de côté, il suffit de les évacuer.
Pour cela rien de plus simple, un commentaire en off : « le candidat de l’UMP n’a pas souhaité réagir aux affirmations du Canard Enchainé selon lesquels un accord aurait été passé avec le président pour lui éviter toutes difficultés avec la justice ».
Emballé c’est pesé, pas le début d’une question à Sarkozy, ne parlons pas d’une enquête, PPDA estime que ces questions là sont « difficiles à mettre en image », et en plus on ne pourra pas lui reprocher d’avoir occulté le sujet puisqu’il lui a consacré ses 10 secondes indispensables.