Séguéla, le con bat de trop ?

mai 23, 2007

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Chaque fois que je revois Jacques Séguéla à la télé, je pense à cette merveilleuse tirade de Pierre Desproges qui le recevait alors au « tribunal des flagrants délires » et qui résume, mieux que nulle autre le personnage : « Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait quand même un peu ; ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup ! »

A l’évidence, le constat n’a pas pris une ride, contrairement au « fils de pub » susnommé, malgré ses soins épidermiques onéreux, il s’est même plutôt confirmé. Là, où il est, Desproges a sans doute définitivement trouvé réponse à sa question.

Séguéla était donc invité hier soir, à « ce soir où jamais », l’émission de Frédéric Taddei sur France 3, où les échanges sont, en général plutôt vifs et pas inintéressants -mais pas cette fois-ci en l’occurrence-. Si le peu d’intérêt de l’émission peut largement être porté au crédit de Séguéla, dont l’inanité des propos sont finalement assez conformes à la pauvreté de ses slogans publicitaires –il ne formule d’ailleurs que des slogans, y ajoutant une pointe de bons sentiments quand il passe à la télé-, la pauvreté de la contradiction était assez navrante.

L’émission portait sur la traitrise. Séguéla s’est d’abord défendu lui-même évidemment. Il s’était trompé au premier tour: « En fait, Ségolène, n’était pas au niveau ». Sans déconner…

C’est donc entre les deux tours, qu’il s’est rendu compte que Sarko, lui, était moderne tout plein, et vachement au niveau. Ben dis, donc, fortiche notre Séguéla.

Plus sérieusement, si au moins, notre coureur des plateaux télés avait la dignité et l’honnêteté d’expliquer que s’il avait changé d’avis, comme ses amis faussaires Tapie et Kouchner, c’était notamment parce que Sarkozy l’avait appelé pour le faire bosser son coaching télé et peut-être un peu aussi parce que sa boite de pub appartient à…Bolloré. La rumeur dit même qu’il aurait très mal pris le choix d’Olivero Toscani pour faire l’affiche de Ségolène (Sensible avec ça).

Et puis de toutes façons, Séguéla n’a pas voté Sarkozy, Séguéla a voté « France ». C’est beau à en pleurer.

Le jeu de l’ouverture

Ensuite, est venu sur le tapis, le cas Kouchner, ami de plage de longue date de Séguéla. Et là, il faut bien le dire, Séguéla a tout donné. Meilleur que jamais, il a ressorti tous ses slogans ronflants, ses bons sentiments, ses formules creuses, avec une larme au coin des yeux pour nous dire que Kouchner, non de non, jamais ô grand jamais, n’avait « couru après un maroquin ». « Vous croyez qu’à son âge, il se soucie de ce genre de choses ? » (la question ne s’adressait pas à moi, mais perso, je dis « oui » ), que l’ouverture n’était en rien une stratégie politique, c’était la modernité (on verra ça après le deuxième tour des législatives), que tourner le dos à son parti en l’espace de 48 heures, ne signifiait en rien renoncer à ses idées : « Kouchner est toujours un homme de gauche » nous a rassuré Séguéla.

La question en est d’autant plus pertinente : si Kouchner, n’a en rien renoncé à ses idées (a-t-il jamais été de gauche ?), c’est bien la preuve que nous avons devant nous un pur cas de calcul politique. Si au moins, il exprimait quelques sympathies avec les idées de Sarkozy, tout cela prendrait presque un sens. Mais, non, de gauche toujours, mais rallié au président le plus droitier de la Vè République. Va comprendre, Jacques !

 

On notera que la quasi totalité des éditorialistes ne s’y sont pas trompés, comme par un acte manqué, tous ont écrits que Sarkozy ne « pratiquait » pas l’ouverture, mais « jouait » l’ouverture comme un théâtre des ombres où chacun doit jouer son rôle, mais où le scénario et la fin sont connus à l’avance. Autre recette de Séguéla, prendre l’opinion comme témoin : « vous avez vu les sondages, 72% des français ont confiance en Sarkozy et 65% considèrent que Kouchner n’est pas un traître ».

Sans gloser trop longtemps sur la pertinence de l’utilisation du mot « traître », disons que dans le genre opportuniste, en voici un beau et quant à l’utilisation des sondages, que je sache une majorité sondagière n’exprime en rien une quelconque forme de vertu républicaine.

Le meilleur ministre des affaires étrangères du monde

Mais, emporté par son élan, Séguéla est allé encore plus loin, demandant aux autres invités, cois, qui d’autre mieux que Kouchner pouvait s’installer au quai d’Orsay. Je cite de mémoire (sans doute que j’oublie quelques adjectifs louangeurs) : « Personne d’autre ne connait tous les pays, tous les chefs d’état du monde, tous les problèmes internationaux, il est connu dans le monde entier. Personne d’autre n’a autant de qualités que lui pour occuper ce poste, Kouchner est fait pour ça, il propagera les idées de la France partout dans le monde. Il n’y a que lui pour ce poste » (NDLR : si, si…).

Outre que le ministère des affaires étrangères n’est pas un concours de notoriété, on peut mettre en doute, sans prendre trop de risques, l’affirmation que SEUL Kouchner était taillé pour le quai d’Orsay (à gauche comme à droite, on pourra citer Védrine ou Barnier, dont les analyses des relations internationales, qu’on les partage ou pas, dépassent de très loin les coups de gueule à vif de Kouchner). Ses positions en faveur de la guerre en Irak, ajoutées à une doctrine « droitdelhommmiste atlantiste » font déjà trembler le ministère des affaires étrangères, dont la mission va se voir réduite à une peau de chagrin médiatico-humanitaire. -C’est un autre débat mais le remplacement d’un médecin (incompétent) par un autre médecin à ce poste, jusqu’ici clé (mais largement amputé par Sarkozy) de ministre des affaires étrangères pose de sérieuses questions concernant la fonction politique de diplomatie-.

Mais finalement, rien d’étonnant à tout cela, Séguéla n’est en rien Sarkoziste, Séguéla n’a jamais eu le début d’une idée sur le monde. Impossible dans la mesure où, par nature, toute forme de réflexion réclame longueur et patience, soit l’inverse absolu de ce qu’est Séguéla : ses certitudes, les études d’opinion, son horizon, les sondages, sa littérature, les slogans, sa pensée, les formules creuses.

Ainsi, c’est bien plutôt et c’est bien triste, car le constat est effrayant, Sarkozy qui est devenu un monstre de la famille des « Séguélistes », sorte de Léviathan de la com’ (paraître pour être, that is the question ?), comme beaucoup d’autres hommes politiques, certes, mais lui, sans doute, en est-il désormais le Roi…

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5 Réponses to “Séguéla, le con bat de trop ?”

  1. Pierre Says:

    Je commence pour féliciter pour le titre et j’attaque sérieusement la lecture de la note.

  2. datura Says:

    Absolument d’accord avec les commentaires sur cette émission que j’ai « appréciée » de la même façon. C’est souvent intéressant (cf. celle du 16 mai sur mai 68) mais celle-ci de même que celle de mardi avec Jean d’ormesson étaient affligeantes. Frédéric Taddéi doit mieux choisir ses invités.

  3. Horza Says:

    Un article bien détaillé et au titre évocateur… En effet nous sommes arrivé à un point de non retour. La communication a pris le dessus sur la Politique… bien dommage


  4. Cette fois je crois que même les militaires (et les socialistes) ont compris que Jacques Ségéla était un con…

    Merci pour cet article. 🙂


  5. […] Crédit photos : Orsérie, Evene, Les temps modernes du journalisme […]


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