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Chaque fois que je revois Jacques Séguéla à la télé, je pense à cette merveilleuse tirade de Pierre Desproges qui le recevait alors au « tribunal des flagrants délires » et qui résume, mieux que nulle autre le personnage : « Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait quand même un peu ; ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup ! »

A l’évidence, le constat n’a pas pris une ride, contrairement au « fils de pub » susnommé, malgré ses soins épidermiques onéreux, il s’est même plutôt confirmé. Là, où il est, Desproges a sans doute définitivement trouvé réponse à sa question.

Séguéla était donc invité hier soir, à « ce soir où jamais », l’émission de Frédéric Taddei sur France 3, où les échanges sont, en général plutôt vifs et pas inintéressants -mais pas cette fois-ci en l’occurrence-. Si le peu d’intérêt de l’émission peut largement être porté au crédit de Séguéla, dont l’inanité des propos sont finalement assez conformes à la pauvreté de ses slogans publicitaires –il ne formule d’ailleurs que des slogans, y ajoutant une pointe de bons sentiments quand il passe à la télé-, la pauvreté de la contradiction était assez navrante.

L’émission portait sur la traitrise. Séguéla s’est d’abord défendu lui-même évidemment. Il s’était trompé au premier tour: « En fait, Ségolène, n’était pas au niveau ». Sans déconner…

C’est donc entre les deux tours, qu’il s’est rendu compte que Sarko, lui, était moderne tout plein, et vachement au niveau. Ben dis, donc, fortiche notre Séguéla.

Plus sérieusement, si au moins, notre coureur des plateaux télés avait la dignité et l’honnêteté d’expliquer que s’il avait changé d’avis, comme ses amis faussaires Tapie et Kouchner, c’était notamment parce que Sarkozy l’avait appelé pour le faire bosser son coaching télé et peut-être un peu aussi parce que sa boite de pub appartient à…Bolloré. La rumeur dit même qu’il aurait très mal pris le choix d’Olivero Toscani pour faire l’affiche de Ségolène (Sensible avec ça).

Et puis de toutes façons, Séguéla n’a pas voté Sarkozy, Séguéla a voté « France ». C’est beau à en pleurer.

Le jeu de l’ouverture

Ensuite, est venu sur le tapis, le cas Kouchner, ami de plage de longue date de Séguéla. Et là, il faut bien le dire, Séguéla a tout donné. Meilleur que jamais, il a ressorti tous ses slogans ronflants, ses bons sentiments, ses formules creuses, avec une larme au coin des yeux pour nous dire que Kouchner, non de non, jamais ô grand jamais, n’avait « couru après un maroquin ». « Vous croyez qu’à son âge, il se soucie de ce genre de choses ? » (la question ne s’adressait pas à moi, mais perso, je dis « oui » ), que l’ouverture n’était en rien une stratégie politique, c’était la modernité (on verra ça après le deuxième tour des législatives), que tourner le dos à son parti en l’espace de 48 heures, ne signifiait en rien renoncer à ses idées : « Kouchner est toujours un homme de gauche » nous a rassuré Séguéla.

La question en est d’autant plus pertinente : si Kouchner, n’a en rien renoncé à ses idées (a-t-il jamais été de gauche ?), c’est bien la preuve que nous avons devant nous un pur cas de calcul politique. Si au moins, il exprimait quelques sympathies avec les idées de Sarkozy, tout cela prendrait presque un sens. Mais, non, de gauche toujours, mais rallié au président le plus droitier de la Vè République. Va comprendre, Jacques !

 

On notera que la quasi totalité des éditorialistes ne s’y sont pas trompés, comme par un acte manqué, tous ont écrits que Sarkozy ne « pratiquait » pas l’ouverture, mais « jouait » l’ouverture comme un théâtre des ombres où chacun doit jouer son rôle, mais où le scénario et la fin sont connus à l’avance. Autre recette de Séguéla, prendre l’opinion comme témoin : « vous avez vu les sondages, 72% des français ont confiance en Sarkozy et 65% considèrent que Kouchner n’est pas un traître ».

Sans gloser trop longtemps sur la pertinence de l’utilisation du mot « traître », disons que dans le genre opportuniste, en voici un beau et quant à l’utilisation des sondages, que je sache une majorité sondagière n’exprime en rien une quelconque forme de vertu républicaine.

Le meilleur ministre des affaires étrangères du monde

Mais, emporté par son élan, Séguéla est allé encore plus loin, demandant aux autres invités, cois, qui d’autre mieux que Kouchner pouvait s’installer au quai d’Orsay. Je cite de mémoire (sans doute que j’oublie quelques adjectifs louangeurs) : « Personne d’autre ne connait tous les pays, tous les chefs d’état du monde, tous les problèmes internationaux, il est connu dans le monde entier. Personne d’autre n’a autant de qualités que lui pour occuper ce poste, Kouchner est fait pour ça, il propagera les idées de la France partout dans le monde. Il n’y a que lui pour ce poste » (NDLR : si, si…).

Outre que le ministère des affaires étrangères n’est pas un concours de notoriété, on peut mettre en doute, sans prendre trop de risques, l’affirmation que SEUL Kouchner était taillé pour le quai d’Orsay (à gauche comme à droite, on pourra citer Védrine ou Barnier, dont les analyses des relations internationales, qu’on les partage ou pas, dépassent de très loin les coups de gueule à vif de Kouchner). Ses positions en faveur de la guerre en Irak, ajoutées à une doctrine « droitdelhommmiste atlantiste » font déjà trembler le ministère des affaires étrangères, dont la mission va se voir réduite à une peau de chagrin médiatico-humanitaire. -C’est un autre débat mais le remplacement d’un médecin (incompétent) par un autre médecin à ce poste, jusqu’ici clé (mais largement amputé par Sarkozy) de ministre des affaires étrangères pose de sérieuses questions concernant la fonction politique de diplomatie-.

Mais finalement, rien d’étonnant à tout cela, Séguéla n’est en rien Sarkoziste, Séguéla n’a jamais eu le début d’une idée sur le monde. Impossible dans la mesure où, par nature, toute forme de réflexion réclame longueur et patience, soit l’inverse absolu de ce qu’est Séguéla : ses certitudes, les études d’opinion, son horizon, les sondages, sa littérature, les slogans, sa pensée, les formules creuses.

Ainsi, c’est bien plutôt et c’est bien triste, car le constat est effrayant, Sarkozy qui est devenu un monstre de la famille des « Séguélistes », sorte de Léviathan de la com’ (paraître pour être, that is the question ?), comme beaucoup d’autres hommes politiques, certes, mais lui, sans doute, en est-il désormais le Roi…

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Rions un peu…

mai 18, 2007

« L’indépendance, c’est la ligne d’Arnaud Lagardère qui n’intervient jamais »

Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1, 18/05/2007

C’est le site Rue89.com qui a sorti l’information : un article écrit par Florence Murraciole, directrice du service politique du JDD qui démontrait que Cécilia Sarkozy n’est pas allée voter, aurait été censuré, sur une intervention personnelle d’Arnaud Lagardère, qui s’est lui-même qualifié de « frère » de Nicolas Sarkozy. Que la « future première dame de France » n’exerce pas son devoir civique pose, pour le moins des questions, sur le couple présidentiel. Evidemment, de nombreuses rumeurs courent les rédactions depuis plusieurs mois et il est difficile de connaître l’état réel des relations entre Nicolas et Cécilia Sarkozy.
Mais au-delà de la vie privée du couple Sarkozy, ou ce que l’on nous en montre –sorte d’imagerie à la sauce « Kennedy » du couple parfait, dont on sait ce qu’il en était en réalité- voilà la première censure de l’ère Sarkozy à laquelle nous assistons. Si cette « censure » montre bien les capacités d’intervention dans les médias du président Sarkozy, proche de nombreux patrons de groupes de médias, elle relativise aussi les capacités du pouvoir à retenir des informations. L’effet produit par la tentative de censure de cette information, qui s’est propagée sur le net à très grande vitesse, aura finalement suscité peut-être plus d’attention que l’absence de Cécilia aux côtés de son mari au moment du vote.
Reste qu’après l’éviction d’Alain Généstar, ancien directeur de la rédaction de Paris-Match, qui avait dévoilé une aventure de Cécilia Sarkozy, voilà une nouvelle tentative de pression exercée sur un journal du groupe Lagardère.

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Portrait étonnant d’Arlette Chabot dans Le Monde du 25 avril. Titré « Arlette Chabot, une intervieweuse pure et dure » , l’article est louangeur à souhait. Comme c’est malheureusement de plus en plus le cas dans les pages « Magazines » du Monde.

Personnellement, je n’ai encore jamais vu l’intervieweuse pure et dure dont on fait l’éloge sans nuances dans cet article qui sent le copinage à plein nez -ou l’article de commande quand on se rappelle qu’Eric Le Boucher (journaliste au service économique du Monde) est un intervenant régulier de l’émission-.

Mais sans doute qu’on ne regarde pas avec le même souci du détail les mêmes émissions de télévision.

Trois heures de soupe servies à Sarkozy dans « A vous de juger ». Pure et dure, en effet…Des contre-vérités assénées par le leader du front national, sans jamais une correction de la part de cette journaliste décrite dotée d’un féroce « esprit critique qui la rend insatisfaite de la plupart des émissions ».

« Elle écarte les dîners en ville » dit l’article comme pour marquer son indépendance rigoureuse. Tout juste apprend-t-on qu’elle fréquente les réunions du « Siècle », l’un des clubs les plus influents de la capitale (effectivement plus la peine de courir les diners).

« La politique est sa grande affaire. Les idées, les enjeux, les acteurs » ajoute la journaliste. Là encore, on aimerait que la journaliste à l’origine du portrait nous livre quelques exemples d’idées politiques qu’Arlette Chabot a mis sur le tapis télévisuel. Sa savoureuse émission « A vous de juger» commençait par des questions dont la légèreté affligeait certains invités (François Hollande par exemple), des photos des candidats enfants etc.

Sa grande mission viserait même « à élever le débat d’idées »…Mais on vous en prie, madame Chabot. Faîtes donc ! La campagne touche à sa fin, et cela fait maintenant plusieurs années que la dame Chabot préside la rédaction de France 2 sans que le service public ne se distingue particulièrement par la hauteur de ses débats.

Le portrait vire au grotesque par certains passages dont on ne sait s’ils relèvent de la farce. Ainsi Arlette Chabot serait « trop respectée. Par son travail, qui bluffe jusqu’à ses détracteurs. Par son exigence tourmentée, qui épuise et exaspère ses troupes. Par son intégrité inaltérable ».

Ben, mon cochon ! Pourquoi s’arrêter à des superlatifs aussi mesurés, un travail qui « bluffe ses détracteurs » (merci, je passe, j’ai jamais été bluffé, navré plutôt…), « une intégrité inaltérable ». Attention, on n’est jamais sûr de rien, jamais à l’abri d’un dérapage, même quand on touche à la perfection journalistique. Une question complaisante à Copé après une journée un peu difficile et c’est toute une réputation qui s’effondre.

Dommage le portrait est presque trop court, trop beau aussi. On aurait bien repris un peu de ce monde merveilleux d’Arlette Chabot. Avant de se replonger dans la triste réalité…

A vous de juger

Mener une campagne électorale avec derrière soi une entreprise de relations presse dévouée aussi puissante que TF1 est un atout majeur. Il suffit de regarder les 20 h de la « Une » pour s’en rendre compte: Compte rendu du déplacement « en banlieue » de Nicolas Sarkozy -en fait une cérémonie de naturalisation à Villepinte-, et pour mettre les questions gênantes de côté, il suffit de les évacuer.
Pour cela rien de plus simple, un commentaire en off : « le candidat de l’UMP n’a pas souhaité réagir aux affirmations du Canard Enchainé selon lesquels un accord aurait été passé avec le président pour lui éviter toutes difficultés avec la justice ».
Emballé c’est pesé, pas le début d’une question à Sarkozy, ne parlons pas d’une enquête, PPDA estime que ces questions là sont « difficiles à mettre en image », et en plus on ne pourra pas lui reprocher d’avoir occulté le sujet puisqu’il lui a consacré ses 10 secondes indispensables.

Journaliste pour l’hebdomadaire « Marianne », décrypteur féroce de l’univers médiatique, Philippe Cohen, co-auteur de « la face cachée du Monde » avec Pierre Péan et de la BD « la face Karchée de Sarkozy » a accordé un entretien à l’hebdomadaire syndical FO hebdo que retranscrit le site du journal.

Philippe Cohen : La presse, «l’idéologie sous le mode de l’évidence»

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Nicolas Sarkozy, rédacteur en chef pour un soir du « Grand journal » de Canal+, Ségolène Royal qui vient faire la revue de presse de France Inter, François Bayrou, rédacteur en chef de RMC infos qui répond aux questions des auditeurs, lancent la pub etc.

Après avoir évacué les journalistes des émissions dîtes « politiques » -elles ne l’étaient déjà plus tellement- et emblématiques, réduisant leurs rôles à celui de passeur de plats, nos politiques ont désormais, conséquence de l’absence d’imagination abyssale et de la veulerie des chaînes, pris la place des animateurs qui leur était offerte. Le tout à leur profit.

 

En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces émissions sont, pour les candidats, des moments agréables à passer. Deux heures de bavardages rarement embarrassants, à peine quelques sourires, et moqueries dont les politiques ne savent que trop se jouer.

Flatteries, larmes, moments de compassions interminables. Ajouter à cela des questions égotistes, maladroitement formulées, motivées par le souci de mimer ces exemples modernes que sont les professionnels de la télévision.

 

Sarkozy, donc, rédacteur en chef du « grand journal de Canal plus » qui invite « ses » invités -logique-, un petit numéro de clientélisme anti-Ségo avec une présidente d’association d’aide aux femmes en détresse, Paul le Guen et Bernard Laporte, nous expliquant à quel point, le candidat de l’UMP est un grand sportif et à quel point le sport doit être une priorité de Sarkozy tant le sport véhicule de valeurs estimables (au hasard, on pourra citer la violence, le racisme, les inégalités, le fric, la performance, le culte du corps etc.). Dans un élan de sincérité médiatique, le candidat se laisse aller à dire que s’il était élu « Président de la République, il serait favorable à pratiquer encore plus le sport dans les écoles ». On lui suggère d’aller jusqu’au bout de ses idées, et de proposer de ne faire plus que ça…

 

Beigbeider grotesque, fidèle à lui-même qui sert la soupe au candidat Sarko, éludant toutes questions gênantes à coups d’applaudissements ou de mauvaises blagues, nous décrivant un Sarkozy « hyper sensible », finalement mal connu. Dialogue surréaliste, sonnant trop faux entre l’homme sensible et modeste Sarkozy, qui se refuse à dévoiler son intimité, et l’écrivain-pubard Beigbeider dévoilant la face cachée du candidat.

 

Mais ce n’est pas tant le contenu de l’émission qui fait problème que cette tendance des hommes et femmes politiques majeurs à se prêter à toutes les guignolades médiatiques que les créatifs du genre ne pensent plus pour eux. Avec, désormais l’ultime avatar du genre qui consiste à devenir eux-mêmes animateurs d’une émission de télé.

 

Devenus ainsi des animateurs de la République, on comprend à quel point le désir de notoriété et d’image participe du désir de pouvoir –Sarkozy qui avoue qu’il aurait aimé être Beigbeider- et d’un affaissement du politique.

 

Les politiques en campagne refusent tout débat. Trop risqués, trop d’imprévus, demandant une vaste maîtrise des sujets, mais s’accommodent, et en redemandent même de ces émissions dont ils sont désormais rédacteurs en chef, qu’ils dirigent, conçoivent, où il rient au bon moment, lancent la claque, répondent à des questions sur leurs goûts musicaux, sont certes un peu moqués, pour donner le change.

Et les médias, vassaux, jamais récalcitrants de leurs seigneurs, leur ouvrent médiocrement, et faute de savoir faire mieux, leurs portes à l’opinion publique, détruisant lentement mais sûrement la noblesse et la symbolique d’une fonction, finalement secondaire pour les politiques eux-mêmes, puisqu’il s’agit moins d’assumer une fonction que de la mettre en scène pour l’opinion.

 

Et puisque plus rien ne peut nous surprendre, pourquoi ne pas demander à la société de production audiovisuelle, j’ai nommé Endemol, de réfléchir pour 2012, le temps de se faire à l’idée, à une « Republic Academy ». Nos candidats dans un château de l’Elysée reproduit à l’identique qui passeraient des tests de culture politique, coaching télé, maîtrise budgétaire, prendraient des cours de promesses, de diplomatie, un peu de sport, « c’est important », qu’il a dit Sarkozy, avant d’être éliminés par les téléspectateurs, à coups de SMS (l’Etat négociera alors sans doute un tarif citoyen avec l’ancienne société d’Arthur) pour désigner celui qui aura le privilège de franchir la porte du vrai Château au rythme d’un nouvel hymne national composé par un quelconque Francis Lalanne ou Didier Barbelivien. Le pire n’est jamais sûr…