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Après une nuit au Fouquet’s, Nicolas Sarkozy, élu président de la République, le 8 mai 2007, au large de Malte dans le yacht prêté par son ami, le milliardaire Vincent Bolloré.

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Portrait étonnant d’Arlette Chabot dans Le Monde du 25 avril. Titré « Arlette Chabot, une intervieweuse pure et dure » , l’article est louangeur à souhait. Comme c’est malheureusement de plus en plus le cas dans les pages « Magazines » du Monde.

Personnellement, je n’ai encore jamais vu l’intervieweuse pure et dure dont on fait l’éloge sans nuances dans cet article qui sent le copinage à plein nez -ou l’article de commande quand on se rappelle qu’Eric Le Boucher (journaliste au service économique du Monde) est un intervenant régulier de l’émission-.

Mais sans doute qu’on ne regarde pas avec le même souci du détail les mêmes émissions de télévision.

Trois heures de soupe servies à Sarkozy dans « A vous de juger ». Pure et dure, en effet…Des contre-vérités assénées par le leader du front national, sans jamais une correction de la part de cette journaliste décrite dotée d’un féroce « esprit critique qui la rend insatisfaite de la plupart des émissions ».

« Elle écarte les dîners en ville » dit l’article comme pour marquer son indépendance rigoureuse. Tout juste apprend-t-on qu’elle fréquente les réunions du « Siècle », l’un des clubs les plus influents de la capitale (effectivement plus la peine de courir les diners).

« La politique est sa grande affaire. Les idées, les enjeux, les acteurs » ajoute la journaliste. Là encore, on aimerait que la journaliste à l’origine du portrait nous livre quelques exemples d’idées politiques qu’Arlette Chabot a mis sur le tapis télévisuel. Sa savoureuse émission « A vous de juger» commençait par des questions dont la légèreté affligeait certains invités (François Hollande par exemple), des photos des candidats enfants etc.

Sa grande mission viserait même « à élever le débat d’idées »…Mais on vous en prie, madame Chabot. Faîtes donc ! La campagne touche à sa fin, et cela fait maintenant plusieurs années que la dame Chabot préside la rédaction de France 2 sans que le service public ne se distingue particulièrement par la hauteur de ses débats.

Le portrait vire au grotesque par certains passages dont on ne sait s’ils relèvent de la farce. Ainsi Arlette Chabot serait « trop respectée. Par son travail, qui bluffe jusqu’à ses détracteurs. Par son exigence tourmentée, qui épuise et exaspère ses troupes. Par son intégrité inaltérable ».

Ben, mon cochon ! Pourquoi s’arrêter à des superlatifs aussi mesurés, un travail qui « bluffe ses détracteurs » (merci, je passe, j’ai jamais été bluffé, navré plutôt…), « une intégrité inaltérable ». Attention, on n’est jamais sûr de rien, jamais à l’abri d’un dérapage, même quand on touche à la perfection journalistique. Une question complaisante à Copé après une journée un peu difficile et c’est toute une réputation qui s’effondre.

Dommage le portrait est presque trop court, trop beau aussi. On aurait bien repris un peu de ce monde merveilleux d’Arlette Chabot. Avant de se replonger dans la triste réalité…

A vous de juger

Guimauve télévisuelle

avril 24, 2007

Paradoxe du scrutin présidentiel, si la campagne a permis à certains quotidiens et newsmagazines de retrouver une certaine vigueur, elle a également marqué la décomposition du journalisme politique. Le journaliste est devenu, moins qu’un médiateur, un relais d’opinions. Comme souvent c’est l’ogre TF1, qui a le mieux et le premier marqué cette évolution avec son émission « j’ai une question à vous poser ». PPDA qui incarnait jusque là pour la télévision l’intervieweur incisif –c’est dire si on partait de loin- était cette fois ci au second plan, derrière un pupitre, accueillant les candidats et le soumettant aux questions du panel installé dans un décor-amphithéâtre.

Nulle analyse, aucun débat, toutes les erreurs des candidats étaient acceptés aussitôt formulées et validées par la machine TF1 à travers son journaliste qui voit sa fonction réduite à un rôle de passeur de plats, « enregistreur » de discours compressé entre des candidats devenus des professionnels de l’image et de la communication politique et un public, consommateur quasi-professionnel de télévision qui s’enivre d’enfiler en amateur, le temps d’un instant, le journaliste professionnel.

Dès lors, que devient le rôle de ce dernier, roseau non-pensant, ectoplasme vaguement recadré au second plan derrière son pupitre attendant que l’heure passe. Tout le monde est content, le public ravi d’avoir pu formuler quelques questions personnelles aux candidats, le candidat qui a échappé aux questions qui fâchent et sait déjà qu’être apparu proche des « vraies gens », lui est favorable et le journaliste de TF1, à l’esprit d’entreprise toujours aussi peu discret qui se gargarise à l’antenne de l’audience réalisée par sa chaîne et remercie le public d’avoir choisi « SA » chaîne. On n’ose espérer que par contrepoids, la presse retrouve quelques affidés par lassitude de cette guimauve télévisuelle.

Mener une campagne électorale avec derrière soi une entreprise de relations presse dévouée aussi puissante que TF1 est un atout majeur. Il suffit de regarder les 20 h de la « Une » pour s’en rendre compte: Compte rendu du déplacement « en banlieue » de Nicolas Sarkozy -en fait une cérémonie de naturalisation à Villepinte-, et pour mettre les questions gênantes de côté, il suffit de les évacuer.
Pour cela rien de plus simple, un commentaire en off : « le candidat de l’UMP n’a pas souhaité réagir aux affirmations du Canard Enchainé selon lesquels un accord aurait été passé avec le président pour lui éviter toutes difficultés avec la justice ».
Emballé c’est pesé, pas le début d’une question à Sarkozy, ne parlons pas d’une enquête, PPDA estime que ces questions là sont « difficiles à mettre en image », et en plus on ne pourra pas lui reprocher d’avoir occulté le sujet puisqu’il lui a consacré ses 10 secondes indispensables.

BHL, sous le soleil

mars 26, 2007

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Quelle que soit la situation, BHL semble toujours faire le beau au milieu du boulevard Saint Germain.

Bernard Henri Lévy, dont Raymond Aron disait qu’il était « perdu pour la vérité nous a, en l’espace d’une semaine donné une vision assez claire de sa posture kaléidoscopique « d ’intellectuel-reporter-people-businessmen-germanopratin ».

Entre deux messages de soutien à Ségolène Royal, qu’il avait fustigé dans un bloc-notes du Point jusqu’au jour où elle lui accorda une rencontre dans un grand restaurant parisien, le propriétaire et utilisateur unique du droit d’auteur labélisé « BHL », a choisi dans un de ses derniers périples où il part se mettre en scène pour « Paris Match », la mèche au vent, au milieu de l’Histoire en marche pour construire sa légende d’intellectuel engagé de se rendre au Darfour.
Certes, l’opération médiatique qui consiste à éveiller quelques consciences occidentales sur la situation au Soudan aura sans doute fonctionné, c’est de son efficacité « sur le terrain », dont on pourra douter tant BHL possède l’art de simplifier les problèmes à l’extrême, limitant le plus souvent son message à un appel vindicatif, une gueulante télévisée, à l’action, sans autres précisions, sans rappeler que les belligérants refusent notamment une intervention de l’Onu sous le prétexte fallacieux d’un néocolonialisme déguisé, que des diplomates de tous les pays n’ont pas attendu BHL et ses affidés photographes pour plancher sur le sujet. Et que l’arrivée dans la partie du sieur BHL n’accélérera sans doute ni ne ralentira les choses.
Mais enfilant sa veste de « journaliste de l’instantané, de tous les combats », toujours prêt à partir, on l’imagine écrivant ses articles dans son luxueux appartement parisien, l’important étant la photo de BHL « sur le terrain » au milieu des combattants et la promo, BHL vitupère, s’empare d’une marotte pendant quelques mois, convaincu que le poids des mots dans un journal du Soir et le choc des photos –de BHL- dans un hebdomadaire people suffiront à apaiser les esprits d’une guerre civile commencée en 2004 mais qui fait suite à une précédente guerre civile commencée en 1983 et qui avait fait près de 2 millions de morts. Autant de crises oubliées, derrière lesquelles BHL semble oublier qu’elles dessinent une fragmentation géopolitique du monde, que quelques coups de colère n’aideront pas à solutionner.
Car comme dit si bien BHL dans Paris-Match « nous savons, à peu de choses près, comment faire cesser ce carnage ». C’est dans cet « à peu de choses près » que se trouve résumée toute la personnalité de l’aventurier BHL. « A peu de choses près », nous savons changer le cours de l’histoire, stopper des guerres intestines, quelques pressions sur la Chine, un boycott des JO et ce sera réglé…« à peu de choses près ».
Malgré toute l’assurance qu’on lui connait, dans ce cas précis, la plume « BHLienne » ne parvient pas, peut-être même malgré lui, à empêcher cet « à peu de choses près » qui en dit long sur les limites de l’opération.
Englué dans une « culture de paix », BHL évolue dans un monde sans ennemis qui espère la disparition de toutes les formes de puissance et volontés de domination. On peut admettre que la démarche est à saluer, que le reportage nécessite un certain courage, paradoxalement c’est sa perpétuelle course à l’image qui trouble. Dans le feuilleton BHL parcourt le monde, du vaste monde au petit monde, « BHL à New-York », « BHL avec Arielle au Crazy Horse », BHL nous a offert récemment « BHL avec Arielle à l’Ile Maurice », succédant dans une étonnante vulgarité à « BHL au Darfour ». Courant partout, jugeant de tout avec une étonnante promptitude, toujours avec la même aisance de Khartoum à Port-Louis, BHL se perd, BHL nous perd, progressivement, la marque BHL brouille un peu plus le message à chacune de ses sorties. Si BHL y a posé ses valises est-ce parce qu’une guerre civile sourd non loin des plages immaculées de l’Ile Maurice, ou le périple au Soudan n’était-il qu’un prétexte pour faire un break ? Le passage du Darfour à l’Ile Maurice et de leurs mises en scène médiatiques auraient, en effet, nécessité une sorte de « délai de décence », à croire qu’au milieu des combats, le jet privé de l’écrivain faisait chauffer les moteurs, destination Port-Louis. Le tout afin d’éviter d’amalgamer les deux capitales dans un même destin historique.

« Tout est maintenant vacances et poursuite de vacances », disait Philippe Muray, BHL toujours à chercher le soleil de Khartoum à Port Louis nous en donne une preuve éclatante.

Très sévère avec l’empire Bouygues et les médias dominants en début de campagne, le candidat Bayrou a quelque peu adouci son propos.
Depuis qu’il fait partie des « présidentiables », et court les plateaux télés, plus un mot sur ces thèmes que sont les concentrations, la propriété de société audiovisuelle par des groupes vivants des marchés publics etc.
Bayrou n’a d’ailleurs jamais véritablement expliqué comment il s’y prendrait pour faire passer de telles réformes.
Même les émissions de TF1 semblent désormais lui plaire…comme le montre ce reportage vidéo du nouvelobs.com

Bayrou au Nouvel Obs

Journaliste pour l’hebdomadaire « Marianne », décrypteur féroce de l’univers médiatique, Philippe Cohen, co-auteur de « la face cachée du Monde » avec Pierre Péan et de la BD « la face Karchée de Sarkozy » a accordé un entretien à l’hebdomadaire syndical FO hebdo que retranscrit le site du journal.

Philippe Cohen : La presse, «l’idéologie sous le mode de l’évidence»

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